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Le 05/07/2016

 

Le Tarot : origines, histoire, symboles, interprétations.

Depuis de nouvelles cartes ont été éditées ; l'abondance et la diversité de ses jeux surprend d'autant plus que chacun de revendiquer un contenu ésotérique spécifique ou de se réfèrer à une démarche initiatique particulière. On peut se demander si chaque auteur, en concevant un nouveau Tarot n'est pas animé par le désir secret d'exprimer quelques fantasmes personnels. Cela s'explique fort bien si on entend par fantasme, à l'instar du Dictionnaire Le Petit Robert : « toute production de l'imagination par laquelle le moi cherche à échapper à l'emprise de la réalité », l'une des fonctions du Tarot étant d'ouvrir une porte ouverte, au-delà des références visuelles représentées sur les cartes, vers un monde détaché de l'emprise du quotidien et de ses conditionnements.
Toute science divinatoire est contrainte de passer par cette porte étroite : ramener d'innombrables données à la douzaine de hasards que l'homme croise presque obligatoirement au cours de sa courte vie.
En Chine, un texte, rapporte que 32 tablettes d'histoire furent présentées à l'empereur par un officier de la cour vers 1120. Les unes étaient relatives au Ciel, d'autres à la Terre, certaines à l'Homme, le plus grand nombre des notions abstraites comme la chance ou les devoirs du citoyen.
Le souverain les aurait fait reproduire et répandre dans tout l'empire. Le jeu comptait en réalité que 30 cartes : trois séries de la flamme chacune des trois atouts, qui sont les cartes nommées respectivement « 1000 fois digne », « la fleur blanche » et « la fleur rouge ». Sur les cartes cosmiques sont dessinées quatre marques rouges correspondants aux points cardinaux et sur les cartes humaines, 16 marques correspondant aux vertus dites, elles aussi par analogie, Cardinal (bienveillance, justice, ordre et sagesse), chacune exprimait quatre fois. La somme des marques du jeu résume le nombre des étoiles. Le jeu est alors un microcosme (l’Homme), un alphabet d'emblèmes, qui couvre l'univers (macrocosme).
De cette tendance encyclopédique apparaît non moins clairement dans les jeux indiens de l'époque Moghol (TAJ MAHAL), aux XVème et XVIème siècles, tout aussi systématique, mais plus étroitement tributaires de la théologie et comportant juxsqu'à 120 cartes.
On trouve à la fin du XVIème siècle, 50 ans environ après la mention des jeux indiens, une trace en Perse avec la description un jeu de 144 cartes, comprenant 12 séries de 12 lames. Le jeu fut réduit ensuite à 96 cartes soient 8 séries de 12 cartes.
On admet aujourd'hui que ce jeu est une adaptation islamique d'un jeu indien de 120 cartes, divisé en 10 séries de 12 lames chacune, correspondant aux 10 incarnations ou avatars de Vishnou et illustrés de leurs symboles respectifs.
L'iconographie des cartes varie avec les centres de fabrication. Ce jeu est nommé DASARAVATARA. Il est encore joué aujourd'hui en Inde.
La luxuriante mythologie des Naïbi, cartes connues en Italie depuis le XIVème siècle sont une sorte de mémorandum des connaissances utiles. Elles se composent de 50 images réparties en 5 séries de 10 lames. Les 4 séries correspondent aux âges de la Vie, aux Muses, aux Sciences et enfin aux Planètes.
La cinquième série de cartes est hiérarchisée selon l'organisation de la société médiévale avec la représentation des pouvoir suprême, temporel et spirituel, illustrés par ses différents membres avec le marchand, puis le gentilhomme, le chevalier, le docteur, le roi, et enfin l'empereur et le pape.
Les cartes de points, numérotées de un à 10, comprennent les quatre séries qu'on retrouve dans les jeux existants encore aujourd'hui en Espagne et en Italie (La Copa) et ayant pour figure des coupes, des épées, des deniers (= pièces de monnaie) et des bâtons. Ces enseignes passent pour faire allusion respectivement au clergé (la coupe est le calice), à la noblesse (les épais), aux commerçants (les deniers) et aux paysans (les bâtons).
Un traité paru à Venise en 1545 propose une autre explication : « les épées rappellent la mort de ceux qui se désespèrent au jeu ; les bâtons indiquent le châtiment que mérite ceux qui trichent ; les deniers montrent l'aliment du jeu ; enfin les coupes, le breuvage dans lequel s'apaisent les disputes des joueurs ».
Les Naibi semblent avoir fourni les arcanes majeurs, au nombre de 21, sans compter le Mat, lame non numérotée. Les 78 lames du tarot demeurent l'instrument par excellence (préféré et prestigieux) des cartomanciennes. Suivant le mode de tirages adoptés ont utilisé les seuls arcanes majeurs ou le jour du. D'ordinaire, la voyante étale devant le client les 22 arcanes majeurs retournés et lui ont fait choisir 12 qu'elle dispose, en conservant leur ordre, dans 12 emplacements appelés « maisons ». Elle mêle ensuite les arcanes restants aux cartes de points et recommence l'opération. Chaque maison est donc pourvue de deux lames. La première lame de chaque maison est censée révélée le principe qui commande la maison, la seconde lame de chaque maison est censée révélée les réactions éventuelles et les événements à venir. Les 12 maisons sont respectivement les domiciles de la vie, les biens, de l'entourage, de l'hérédité paternelle, des enfants, de la servitude, c'est-à-dire les serviteurs et les animaux domestiques (non chevauchables), du conjoint, de la mort, de la religion, des honneurs, des amis, des afflictions. Chacune correspond en outre à une partie du corps.
L'ensemble englobe tout ce qui peut survenir au cours de l'existence.
L'origine astrologique de ce cadre est évidente. Les 12 maisons sont ailleurs calquées sur les influences zodiacales (cf. Illustration jointe en annexe).
Quant aux cartes elles-mêmes, particulièrement pour les arcanes majeurs, elles ont fait l'objet des plus diverses faisaient subtiles exégèses.
Les emblèmes des cartes : sont assimilés aux quatre éléments : les épées à l'air (car l'épée tourbillonne dans l'air), les bâtons au feu (ils sont issus du bois, lequel s'enflamme), les couples à l’eau (elles contiennent des liquides), les deniers à la terre (ils sont faits des métaux qu'elle recèle). Mais ce n'est pas assez : les épées symbolisent en outre la volonté et la puissance, les bâtons le travail et les devoirs d'État, l'énergie matérielle et la fécondité, les coupes l'amour et le mysticisme, l'élaboration intime des richesses spirituelles, les deniers enfin les connaissances et l'art combinatoire, toute industrie créatrice qui aménage le monde extérieur. On n'en finirait pas d'énumérer les enseignements superposés que les 22 figures majeures sont censés véhiculer.
Il n'est pas de science conjecturale de doctrine ésotérique (l'astrologie par exemple),qui n'ait été mise à contribution pour en éclaircir ou pour en épaissir le mystère. Cette vue disparate a fait couler beaucoup d'encre. On n'y découvre le langage hiéroglyphique universel, ainsi COURT DE GIBELIN, Au XVIIIème siècle y déchiffra les trésors de la sagesse traditionnelle. L'égyptomanie de la première moitié du XIXème siècle à la suite de l'expédition en Égypte de Napoléon BONARPE, prétendit identifier les symboles en cédant du zodiaque de DENDERAH.
Les occultistes modernes tels Eliphas LEVI (1810-1875), le Docteur Gérard ENCAUSSE alias PAPUS (1865-1916), Stanislas DE GUAÏTA (1861-1897), Oswald WIRTH (1860-1943) enfin, interprétèrent chaque détail et la couleur de chaque détail. Tout revêtit une signification cachée et initiatique.
C'est un fait, outre les représenttaions dela société de l'époque, les cartes semblent constituer un ensemble composite voisin des images d'origine biblique : le Jugement ( Lame XX, cf. annexes) Dernier, la Maison Dieu (Lame XVI, cf. annexes), qui s'apparente fort à la Tour de Babel, le Diable (Lame XV, cf. annexes), des Vertus prônées par l'Eglise : la Justice (Lame VII, cf. annexes), la Force ( Lame XI, cf. annexes), la Tempérance (Lame XIIII, cf. annexes) certains astres accompagnés de signes du zodiaque : la Lune (Lame XVIII, cf. annexes) avec le Cancer, le Soleil (Lame XVIIII, cf. annexes) avec les Gémeaux, l’Etoile (Lame XVII, cf. annexes) surmontant le Verseau, les deux grandes puissances du temps, le Pape (Lame V, cf. annexes) et l'Empereur (Lame IV, cf. annexes), avec l'Aigle ou la Tiare, et chacun flanqué d'une épouse (Lame II et Lame III, cf. annexes), fantaisie, irrévérence (La Papesse a un symbole phallique en travers du torse !) au besoin de symétrie ?
Sur l'arcane qui figure le Monde (Lame XXI, cf. annexes), on reconnaît les symboles des quatre Evangélistes (cf. annexes).
Les allégories de l’Amour et de la Mort sont classiques.
Le Pendu (Lame XII, cf. annexes) et la Roue de la Fortune (Lame X, cf. annexes) se rencontrent fréquemment dans l'imagerie médiévale.
L'Hermite (Lame VIIII, cf. annexes) avec sa lanterne évoque sans doute Diogène.
Les apostrophes les plus connus qui lui sont attribués sont : « Je cherche un homme » (parfois traduit par « Je cherche l'Homme » ou par « Je cherche l'Homme vrai ») phrase qu'il répétait en parcourant la ville avec sa lanterne, et « Ôte-toi de Son soleil » en réponse au roi de Macédoine Alexandre le Grand, était venu demander s'il avait besoin de quoi que ce soit…
Je reconnaîtrai volontiers Alexandre dans le triomphateur couronné revêtis une armure qui trône sur le Chariot (Lame VII, cf. annexes).
Le Chariot peut aussi être le Maassé Merkava ou « Char Céleste » décrit dans le premier chapitre du prophète Ezéchiel, visant à permettre à l’adepte une expérience de rencontre avec le divin : expérience d’extase et de montée vers les cieux, via l’Echelle de JACOB (cf. annexes) et que l’on voit aussi en annexe sur une Lame figurant le pendu avec 7 barreaux, le Pendu étant sur le 7ème. Il s'agit bien entendu d'Alexandre le Grand, 356-323 avant Jésus-Christ, roi de Macédoine est l'un des personnages les plus célèbres de l'Antiquité.
Il était fils de Philippe II lui-même élève d'ARISTOTE (384-322 avant Jésus-Christ) et roi de Macédoine il devint l'un des plus grands conquérants de l'histoire faisant de son petit royaume le maître de l'immense empire perse achéménide et s'avança jusqu'aux rives de l'Indus et fonda près de 70 cités, dont la majorité portèrent le nom d'Alexandrie.
La vogue d’Alexandre était précisément considérable à l'époque du moyen âge et de la création des jeux de cartes. Avec Diogène ils forment un couple légendaire où s'opposent le dénuement dédaigneux et la grandeur terrestre.
La première lame, le Bateleur, qui rappelle le célèbre tableau de Jérôme BOSCH (Peintre flamand, 1453-1516), l'Escamoteur (cf. annexes), appartient également au répertoire des allégories du temps. Elle commande tout le jeu. Sur la table du baladin, les accessoires qu'il a tirés de son sac, joint à la baguette qu'il brandit, renvoi, semble-t-il, aux 4 enseignes des cartes de points : des pièces de monnaie pour les deniers, des gobelets pour les couples, un couteau pour les épais, la baguette pour les bâtons.
Au centre, les dés, pour que le joueur ou le consultant d'oublie pas que la distribution des cartes dépend du Sort. Le dernier arcane, le Mat ou le Fou, sorte de vagabonds avec un mâtin (personne délurée, espiègle) à ses chausses, souvent rapproché une autre toile du même Jérôme Bosch, l'Enfant Prodigue (cf. annexes), ne fait pas partie de la série numérotée. Une carte libre, vagabonde, elle aussi, polyvalente. On pouvait sans doute l'ajouter à n'importe quelle combinaison qu'on avait intérêt à développer : sorte de Joker avant la lettre, ultime concession au surcroît de triomphe, chance à l'intérieur de la chance même et inconnue subsidiaire qui corrige l'inconnu repéré.
Le nombre des arcanes varie avec les jeux.
Un ancien tarot florentin comprend 35 lames numérotées : on n'y reconnaît les trois vertus théologales, les quatre éléments, les 12 sites du zodiaque, etc. En un mot, quel qu'en soit le nombre et la composition, la suite des symboles est constituée à l'aide des images parlantes les plus répandus. Les symboles sont indifféremment d'origine laïque ou ecclésiastique, paillettes aux chrétiennes, savantes populaires. L'essentiel semble bien d'obtenir une « totalité » qui enferme l'univers.
Oswald WIRTH conclut son « Introduction à l'étude du Tarot » de la façon suivante : « les jeux exercent. Ceux de l'esprit développent de précieuses facultés. User des 22 arcanes du tarot pour jouer la divination ».
Ainsi recommande-t-il ce jeu sur un jeu comme un excellent entraînement à imaginer juste. Je me suis souvent demandé, et bien avant de connaître ce conseil de lecture, ce que pouvait être l'imagination juste : c'est réunir, autant que faire se peut, les conditions de la conjecture heureuse.
Les éléments représentés, les signes imagés s'adressent souvent une certaine catégorie de personnes mais sont rarement indifférentes aux autres car il puise dans le réservoir de la tradition universelle.
Les différences de culture ou d'éducation nous rendent plus sensible à certaines « formes » mais les voix restent parallèle à la réalité profonde du Tarot, à son essence, résidant dans sa structure, dans son rythme : les archétypes sont sans doute « nombres » plutôt « qu'images » c'est-à-dire que ce sont des principes abstraits et non pas les apparences de la réalité. Ceci nous permet de dire que tout ce qui particularise l'image ne gêne pas, a priori, la fonction de ce qui est essentiel dans le Tarot : sa structure et les systèmes possibles d'organisation qui en découlent.
Les différents détails qui personnalisent l'image permettent, au contraire, par un langage approprié à une certaine catégorie d'individus, de comprendre l'essence même du jeu, laquelle rejoint le fondement de la tradition.
Parmi tous les jeux Tarot connus, l'un deux reste une référence généralement admise : il s'agit du Tarot dit « de Marseille » car imprimé dans cette ville par FAUTRIER ou par Nicolas CONVER en 1761 il fut édité ensuite par les éditions Paul GRIMAUD.
C'est ce même Tarot de Marseille que le franc-maçon Oswald WIRTH a redessiné et expliqué sous l'appellation tendancieuse de : « Tarot des imagiers du Moyen Âge », signifiant par là qu'il cherchait à reconstituer les fondements originaux des formes et des couleurs.
Il y eu aussi le tarot NOBLET conçu au milieu du XVIIème siècle ; le tarot de Jean-Pierre PAYEN en 1713 et le tarot flamand de VAN DEBORRE en 1780.
Au commencement étaient les 22 lettres des alphabets sacrés. Les adeptes remarquèrent qu'il était possible de les tirer au hasard pour, entre en résonance radiesthésie, décrit les états cachés ou l'avenir du monde. Cela reste à déposer dans le secret, consignées dans le savoir des marges (les voyelles désignaient la lumière nommée Dieu, les consonnes désignent la globalité de la création).
Un moment, en Orient, l'idée du jeu de cartes apparues, sous la forme de symboles non reconnaissables à l'envers et portant une certaine valeur à l'endroit. Par les routes commerciales le jeu de cartes se diffusa. La fabrication de ses collections de symboles reste affaire de spécialistes, les enlumineurs qui empruntaient des images ou en adaptaient d'autres pour confectionner des jeux de cartes sur mesure. Les collections de vues de sujets furent maintes fois comparées, affinant leurs thèmes et en figeant certains (il nous en reste quelques magnifiques premiers Tarots italiens) parfois sur la demande profane d'une clientèle, en rupture donc avec la tradition.
À un certain moment, les 22 lettres furent introduits dans le système de symboles des cartes. On leur avait trouvé des correspondances dans l'imagerie déjà connue, afin de les cacher et de les dissimuler dans l'exothermique. C'est cette combinaison qui connut le succès, dans son usage ludique, tandis que l'autre usage, la divination, rester affaire de spéculation.
L'arrivée du papier déclencha l'apparition en masse de ce système qui, du coup, échappa au spécialiste. C'est à partir de cette rupture historique que commencèrent les premières déviances, et aussi les premières tentatives de perception de l'essence du système.
L Tarot adopta la mode européenne pour habiller ses personnages, lorsque quelques graveurs ajoutèrent de légers détails du XVème siècle aux tuniques des manteaux des illustrations précédents.
Les figurations du tarot dans sa forme quasi parfaite, merveilleusement étonnante, combine les influences pythagoriciennes, cabalistiques (elle-même apparue tardivement hors de la Tradition), et d'autres traces du grand occultisme tel qu'il avait pu pour survivre en Orient en Occident après l'éradication par l'Eglise (qui les taxa d'hérésie) des gnoses néoplatoniciennes, des Mystères et autres savoirs antiques.
Aucun jeu du Tarot dit « de Marseille » nous a été conservé depuis la Renaissance même si on a deux séries incomplètes de tarots peints à la main dit « tarot des SFORZA-VISCONTI ». Cependant, il a été démontré qu'à cette époque du milieu du XVe siècle, un peintre comme Sandro BOTTICELLI (1445-1510), a utilisé les formes du Tarot de Marseille pour construire ses compositions.
Le lecteur vérifiera dans la planche que par exemple dans ces mêmes années Jérôme BOSCH peignit de magnifique représentation du Mat (cf. annexes). Ce qui signifie que les formes du tarot étaient déjà présentes à cette époque, soit plusieurs siècles avant les plus anciens jeux actuellement conservés.
Le mot tarot paraît provenir de tarocchi, non des plus anciens jeux italiens, succédant au début du XVIe siècle au trionfi qui désignait les 22 arcanes majeurs.
On pense aussi au mot « tarotées » qui désignaient les cartes dont le dos était marqué de grisaille, réalisé souvent à l’aide d’un stylet à l’or fin.
Monsieur Jean-Baptiste DE LA CURNE DE SAINTE-PALAYE (1697-1781) son « Dictionnaire historique de l'ancien langage français » en 1749, écrit que « Taraut ou tarot est la carte dont le dos est marqué de grisaille, en compartiments ; elles sont de plus graver d'autres figures que les cartes ordinaires ».
Pour Antoine COURT DE GEBELIN (1719-1784) dans son monumental « Monde Primitif comparé au Monde Moderne », volume VIII, Tome 1 en 1781, écrit que le tarot proviendrait des mots égyptiens tar (la voie) et ro (royal). Ce serait donc la « Voie Royale », ce qui n’est pas sans rappeler la royale pratiquée en franc-maçonnerie y aurait-il donc une relation entre tarot et franc-maçonnerie ?
C’est le but de la planche de ce soir que de montrer les parallèles qui pourraient exister entre les deux « phénomènes » initiatiques que sont d'une part le tarot d'autre part la franc-maçonnerie. (Pour plus d’info et lire l’extrait de l’ouvrage concerné, se référer à l’adresse mail suivante : www.tarock.infogebelin.htm ou demander le « forward » du fichier à l’auteur).
Mais sait-on que nos artistes les plus actuels n'ont pas craint de plier leur talent en exécuter une en exécutant de nouvelles représentations, établis à partir d'un prototype universellement connu, le tarot de Marseille ?
Ainsi Jean BAUCHARD entre 1974 et 1977 ou Frédéric LIONEL ont-ils dessiné et ouvragé des tarots ainsi Aleister CROWLEY ont-ils créé leurs propres tarots et les exemples modernes ne manquent pas dans la littérature la peinture ou la poésie.
Jean BAUCHARD est par ailleurs l’auteur d’un magnifique « Tarot des Alchimistes » et d'un non moins splendide « Tarot Maçonique ».
On ne peut pas dater précisément l'origine du jeu de tarot mais la structure du jeu est restée immuable : 78 cartes, nommé lames, tarots ou arcanes ; et parmi elles, 22 cartes richement et étrangement décorées, les arcanes majeurs.
Les 78 cartes du jeu sont donc répartis entre 22 arcanes majeurs et 56 arcanes mineurs. Fascinantes, ces lames qui toutes différentes et portent une numérotation, de I à XXI, avec lame non numérotée, la lame XXII ou O selon les auteurs; et tous les illustrateurs se plient à cette étrange convention.
Les noms des lames sont soit capricieux, soit poétiques, et ne sont guère modifiés depuis les origines et apparaissent toujours dans le cadre inférieur de la carte. On respecte même souvent l'ancienne numérotation romaine qui n'employait pas le système de retrait par rapport au chiffre principal et on continue d'écrire IIII est et non IV (cf. annexes). Pourquoi la 13ème lame n'a-t-elle pas de devises ? Secrètement on la nomme la Mort et les illustrateurs respectent cette coutume de ne pas donner de nom.
Les 56 cartes suivantes, les arcanes mineurs, se divisent en quatre séries de 14 cartes. Quatre couleurs, où enseigne, qui sont les bâtons, les épées, les coupes et les deniers. Dans ces 14 cartes, quatre figures honneur : le roi, la reine, le cavalier et le valet ; puis 10 cartes, allant de l’as au 10, aux dessins géométriques. Nous sommes déjà plus à l'aise car nous retrouvons nos jeux habituels avec les coeurs, les trèfles, les carreaux et piques ; mais nos jeux n'ont que 52 cartes, vallée des cavaliers ayant fusionné. Cependant les enseignes que sont bâtons, deniers, coupes et épées se retrouvent dans les jeux italiens et espagnols encore très populaires de nos jours, la Scopa (cf.annexes).
Le Moyen-Âge, riche en sa foi, est là avec son exubérance, son symbolique ; le tarot de même nature que la pierre taillée qui surgit dans l'ombre de l'église ; et le frère de la sculpture, du vitrail, de l'enluminure qui transmette la pensée car le livre n'est guère accessible, et les illettrés sont nombreux voir la majorité. Il ne serait pas invraisemblable qu'on ait cherché à diffuser une pensée ésotérique au moyen de ces cartes au format réduit, aux images récréatives d'apparence anodine. N'est-ce pas là la méthode employée par le bon Maître François RABELAIS (né entre 1483 et 1494, mort en 1553) qui, sous le rire, parle « docte manière » ?
Peut-être a-t-on voulu simplement reprendre une facture ancienne facilitant l'impression est ainsi diffusé ces cartes au moindre prix : on crée une matrice en bois ou en métal, à partir d'un dessin simplifié ou très précis, qu'on colore grâce au pochoir avec des couleurs franches et limitées qui répondent à un profond symbolisme.
L'artiste, en se pliant aux conventions « tarotiques », entend montrer sa conception artistique et d'une pensée philosophique, tout comme les littérateurs ont pu glisser leur vie en feuillets imprimés dans les personnes des troubles et envoûtant de Faust, Don Juan du Juif Errant, les interprétations prafois fantaisistes peut être de l'oeuvre picturale de Léonard De Vinci. Les arcanes reprennent donc des images gravées dans la pierre des querelles gothiques, comme le Christ en majesté au-dessus du porche d'honneur des églises (arcanes du monde) le pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle (le Mat), les allégories de la justice de la tempérance (le Campanile de GIOTTO, Notre-Dame de PARIS), les quatre évangiles représentés par des animaux fabuleux ou symbolique qui ornent le fronton de l'église Santa Maria DE TRASTEVERE à ROME (Vème siècle après Jésus-Christ) ou encore le Jugement Dernier, ou la Résurrection (Saint-Victor à Marseille), ainsi que le Christ en majesté au-dessus du portail nord de la cathédrale de Chartres.
D'emblée, le jeu semble s'ériger en dépose en dépositaire et en héritier d'une tradition religieuse et philosophique ancienne, à la fois cachée est à la fois révélée par la mise en scène de symboles, qui parlent un inconscient d'abord avant d'émerger dans l'esprit rationnel. La dénomination donnée au « lame » fait penser aux tables de bois sur lesquels on grave les oracles têtus. « Les arcanes » mettent sur la voie d'un sens caché. Enfin le jeu en son entier met en relation des hommes, des allégories, des astres et des dieux. Il s'agit donc d'un jeu mystérieux, hiérarchisées entrent d'une part un monde majeur, et un monde mineur, et classé d'autres parts dans l'ordre donné par les noms. Il est une rotation du monde humain dans ses relations avec le ciel. C'est un théâtre sacré où l'homme est acteur de son destin sous le regard des dieux.
Les premiers jeux de Tarot retrouvés et conservés (Tarot de Charles VI réalisé pour les comtes d’ESTE, les « Trionfi » de la famille VISCONTI-SFORZA de MILAN, Tarot de FERRARE) apparaissent dans les cours princières de l'Italie du Nord au XVème siècle vers 1430, dans le contexte précis du quattrocento italien. On ne sait pas vraiment comment se veut utiliser : s'agit-il d'un jeu philosophique, d'un enseignement secret, d'un oracle d'un simple jeu ? Seule certitude le Tarot n’est utilisé pour la divination que bien plus tard après son apparition.
On ne sait pas exactement quand apparaît le tarot de même que son origine mais on doit évoquer les Eliphas LEVI, dans son « Dogme et rituel de Haute Magie » écrit : « nous croyons que le tarot et l'ouvrage d'Hermès. C'est la clé de voûte de tout édifice des sciences occultes. Il existait avant Moïse les prophètes et Guillaume POSTEL le nomme la Genèse d’HENOCH ».
Le Tarot serait-il donc « le résumé symbolique la Tradition Primitive ? ». Mais si nous désirons connaître le moment précis où apparurent ces cartes, il faut se référer aux décrets et interdits de police qui pèsent sur ce jeu d'argent dont on trouve des traces en 1367 et en 1408, qui interdisent les jeux de hasard.
On trouve ainsi en 1367 une traces de prohibition édictée, sans doute pour des motifs religieux, dans le canton suisse de Berne. Il en fut de même en 1376 à Florence en Italie, en 1382 à Lille et en 1397 à Paris par une ordonnance du prévôt de cette ville de tolérance jeu que les jours de fête.
À cette époque, les cartes étaient désignés en Italie sous le nom de naibbes qu'on retrouve dans le nom naipes (cf. annexes) que les Espagnols utilisent encore de nos jours, mais on a d'autre part que le mon naibi donné à ces mêmes jeux pour les anciens arabes semblent procéder de la racine naib, qui est d'origine hindoustani (et qui signifie quelque chose comme lieutenant, capitaine, commandant, officier, maître, guide...), ce qui accrédite dans une certaine mesure la thèse selon laquelle le tarot aurait introduit en Europe par les gitans chassés de l'Inde par TAMERLAN, et plus précisément les gitans espagnols.
Cette question de l'origine du tarot explique aussi pourquoi dans la cartomancie et dans la géomancie ont utilisé les résultats du tirage des lames du tarot comme maître mot de la vie des gens à qui en est destinée l'interprétation puisque l'on parle de guide de commandant de mettre donc de quelque chose qui indique qu'il montre la voie et pourrait-on déduire sur le plan franc maçonnique quelque chose qui montre la lumière ?
Le tarot est ainsi vraisemblablement issu de la combinaison des Naibi et des cartes de points dont on a parlé plus haut.
Il existe des ouvrages passionnants sur le tarot, tous éclairant une partie du vrai on trouvera en bibliographie ceux utilisés pour la rédaction de cette planche.
En fait tout le monde a raison, parce que le jeu de Tarot et « multipiste », et présente une variété importante de portes d'entrée, mais résultants toutes d'une tradition commune.
Le point de départ, notre porte d'entrée dans ce jeu initiatique se fera à partir d'une simple question qu'est la suivante : pourquoi il explose à La Renaissance, exalte t-il les valeurs du Moyen Âge courtois et avant lui de l'Antiquité Classique ?
Ces figures énigmatiques en tout cas intriguent ; le mystère qui émane de chaque lame provient une étrangeté, de la somptuosité, de la variété des figures ? Est-ce l'effet de la numérologie ? Des couleurs ? Des légendes ?
Pourquoi tant de réalisations, tant de commentaires ?
Valentin BRESLE, dans sa préface à l'étude d’Edmond DELCAMP (« Le Tarot Initiatique », cf. Bibliographie), écrit que « La transmission des secrets initiatiques demeure assurée grâce aux lames de ce livre non relié, grâce à l'innocence des figures colorées naïvement, semble-t-il, mais dont la substance évocatrice est immortelle en sa quintessence. Je dis quintessence car le tarot est aussi, est surtout, Alchimique… ».
Il reste à découvrir la valeur de cet archétype, rechercher la cellule mère qui abreuve cet inconscient collectif, cette « structure absolue de » selon l'expression de Raymond ABELLIO, écrivain ET PHILOSOPHE français du XXème siècle.
Comment ne pas découvrir une permanence abstraite dans toutes ces variations ? Par leur valeur symbolique, ils sont supports à la méditation. Le voyant peut lire aussi bien dans la boule de cristal, les taches d'encre, le marc de café, que dans la géomancie ou la disposition des cartes. De toutes ces études, qui parfois peuvent paraître fort divergentes, il fallait établir une synthèse, comparer les principales d'entre elles par rapport au prototype, le tarot de Marseille. Le symbole peut être commandé selon le degré de conscience de chaque lettre en aura un reflet provenant du noyau universel. Chaque réflexion stimule notre pensée, nous aurions sur le chemin de la vérité et cette voix n'est valable que pour chacun d'entre nous. Les commentaires s'adressent à chaque incertain plus qu'à d'autres ; aucun système est supérieur à un autre, puisqu'il n'a pour but que de permettre une communication entre interprète, lame de ces demandeurs ; questions et commentaires sont établis à partir du même plan de référence, selon le même processus de la pensée. Ainsi toutes les significations se recoupent grâce à la compréhension magique des mêmes événements vus à travers des tempéraments différents. Le langage du tarot s'écarte de tout dogmatisme ou le transcende, car il est un bien universel. Chaque lame n'est qu'un point de repère, un jalon sur le chemin de l'intuition et peut-être, par cette clairvoyance, parviendrons-nous découvrir nous-mêmes.
Parallélisme des similitudes entre le Tarot et la franc-maçonnerie
La Tradition
Les origines profondes du Tarot, comme de la franc-maçonnerie, se trouvent (où se perdent, ceci étant une question de point de vue) dans le champ des mythes, alors hors de notre civilisation. De ce passé émerge des images, des comptes, des mythes ou légendes dont est pétri la pensée globale de chaque civilisation. C'est les gens nous les connaissons, les pressentons tout au moins, avant de les avoir entendu tant elles sont, par avance, inscrit dans nos gènes. Ces légendes, ses mythes proviennent d'une époque où la relation entre l'homme et la nature était plus évidente et réelle par le fait même que l'homme était alors directement dépendant de celle-ci, dans ses besoins vitaux essentiels.
La Tradition, n'est cependant pas une matière morte et les différents langages par lesquels elle e s'exprime (astrologie, alchimie, Tarot…) Le véhicule une pensée qui relie l'homme à l'univers en faisant de lui la mesure de toute chose, et suscite une philosophie qui enseigne, où renseignent, sur le sens de la vie même. Concernant le tréfonds de lettres, l'objet de la mythologie reste source de réflexion et sujets d'actualité. Cet objectif ne doit pas être confondu avec un folklore conservatiste : « …Il s'agit de l'origine même des choses. La tradition à la transmission d'un ensemble de moyens consacrés qui facilitent la prise de conscience de principe mais immanents d'ordre universel ».
Lors de période particulièrement troublée et stagnante au plan de l'évolution de l'humanité, la connaissance se perpétue au sein de quelques foyers protégés. Ainsi durant les siècles d'invasion ou de mutation vers l'Occident, au premier millénaire, les formes de Connaissance se conserveront notamment en Espagne, lié au monde méditerranéen, et en Irlande ; celle-ci, plus retirée, conservera dans et hors de ses monastères la couleur de la tradition Celte.
La Tradition occidentale bénéficiera de ce double courant : méditerranéen et nordique. Les formes de connaissances mises en jeu ne peuvent se transmettre que par communication. La communication suppose un échange, elle concerne les prémices d'un Art que lettre ne découvre que progressivement. Comment appeler cela, sinon l'initiation ?
Cette situation implique aussi une approche particulière qui ne peut se faire qu'en un lieu dans des conditions spécifiques. Pour cela les maçons, depuis le Moyen Âge est sans doute avant, se réunissent dans des locaux proches des chantiers, souvent simplement local qui sert de remise à outils : la loge du chantier.
La science de construire était fondée essentiellement sur la géométrie et pour développer de tels résultats il fallait, en chaque détail, une perfection quasi absolue dépassant de beaucoup le simple savoir-faire. Atteindre ce degré de perfection suppose une « connaissance » autre que seulement théorique. Une connaissance qui impliquait exige une totale adhésion de lettres et devient un art au sens plein du terme au Moyen Âge la notion d'art n'était pas liée aux connotations esthétiques sentimentales que l'on n'y met depuis le XVIIIème siècle surtout ; l'art était l'expression et la mise en application une connaissance intégrée, dominée par le praticien est totalement maîtrisée dans laquelle l'individu s'engageait totalement. Il en est ainsi des arts libéraux, aussi bien que de l'alchimie de la taille de la pierre…
Les racines de la franc-maçonnerie
Les loges deviennent aussi des lieux d'accueil pour les maçons, charpentiers et autres « œuvriers » qui se déplacent de chantier en chantier. Ces tribulations sont facilitées par les « franchises » obtenues par l'intermédiaire de l'ordre du temple dès le XIIème siècle. Ces franchises sont nécessaires pour libérer les ouvriers des tutelles et des servitudes imposées à la plupart des corps de métiers par les seigneurs ou par les cités.
Dans son ouvrage « Les sources souterraines de la franc-maçonnerie, Mithra et la Tarot » (cf. annexes) Charles IMBERT rapproche la franc-maçonnerie et le Tarot, en mettant en exergue leurs origines, semble-t-il communes : la statuaire et les symboles de la religion mithraïque, un temps concurrente du christianisme.
Il est aussi l’auteur des « Sources du tarot » également référencé en bibliographie. S’il est convenu que la franc-maçonnerie spéculative moderne a été inventée en 1717, il n’en est pas moins vrai que sa symbolique et nombre de ses concepts s’enracinent dans des traditions venant de beaucoup plus loin dans le temps.
Parmi celles-ci, le Tarot, apparu tel que nous le connaissons à la Renaissance. Mais le Tarot lui-même est issu de concepts de la religion mithraïque.
Celle-ci, bien qu’occultée depuis l’émergence du christianisme, a survécu de manière « clandestine » ; sa conception du monde perdure, malgré « l’orthodoxie », et est réapparue régulièrement à travers l’histoire. La franc-maçonnerie, selon l’auteur, est l’un des réceptacles de cette conception du monde. Cette recherche d’antériorité et cette évocation d’un très ancien état d’esprit s’appuient sur une démonstration érudite qui met à mal la vision matérialiste et « rationnelle » de la franc-maçonnerie.
En Italie, les prémices de la Renaissance se font déjà sentir : Pétrarque, depuis les collines Émilienne devient le centre nouvel humanisme et son poème « Le Triomphes » (Trionfi) inspirera sans doute les dessins de tarots qui furent peints pour la famille VICONTI-SFORZA qui demeurent parmi les plus anciens connus.
En cette période les sociétés et les modes de pensée sont en mutation partout en Occident comme l'attestent certains événements apparemment secondaires tels que l'apparition de la fourchette sur la table des bourgeois ; cet événement, bien que d'aspect dérisoire, répond à un besoin profond et correspond à une nouvelle attitude de lettres devant les choses.
Dans ces mêmes années encore, les fabriques de pâte à papier en fibres végétales vont s'installer en France et en Allemagne. La recette de la fabrication du papier avait suivi, depuis l’orient, la route de la soie ; elle était déjà connue en Italie depuis près d'un siècle mais son emploi ne s'était pas répondu jusqu'alors.
La xylographie (gravure sur bois) pour que l'édition des images puissent bientôt s'effectuer… Mais déjà les premiers jeux dessinés à la main apparaissent en Europe dans cette décennie, sans doute peu avant 1370 (Des cartes numérales existent cependant en Chine depuis le Xème siècle). Ces premières cartes occidentales représentent des séries de « Vertus », qui, dès l'origine ont toutes les caractéristiques que nous rencontrerons dans les atouts, ou arcanes majeurs du Tarot. À la fin du XIIIème siècle, Moïse de LEON avait rédigé le ZOHAR (Livre de la Splendeur). Le système de pensée de cet ouvrage développe une nouvelle approche du Dieu de la Création, et de la relation entre l'homme et le Dieu révélé. Cette pensée, qui n'est pas sans inspiration néoplatonicienne, se développe dans les milieux ésotériques et kabbalistes de l'Espagne du XIVe siècle puis se répand en France.
Parallèlement aux remous du siècle, on s'interroge sur les fondements, les mécanismes de l'univers et sur la place de l'homme dans ce vaste ensemble. Faute de connaissance physique et astronomique complète et précise, on imagine des systèmes métaphysiques qui, par le plan par leur splendeur, sont des miroirs vivants, à facettes multiples, de ce que la science découvrira plus tard et ne contredira pas (par exemple l'héliocentrisme avec Galilée).
Sous couvert de « Vertus », les images du tarot « projettent » ou « reflètent » cette tendance, comme nous le trouvons mentionné dans un traité de 1377, de Johannes VON RHEINFELDEN, et conservé au British Museum : « …Un certain jeu de cartes nous est arrivé qui décrit les conditions des temps actuels, et les aspects du monde… ».
La Renaissance est caractérisée par un élan vers un humanisme nouveau un prospect en toutes les formes de connaissances dont on explore les origines. On redécouvre et on étudie les textes de l'Antiquité.
Pic de la Mirandole est un des représentants types de cette prodigieuse avidité de connaissance qui les réunit dans ses « conclusions philosophiques, cabalistiques et théologique ». Il ne se contente pas d'accumuler à savoir, la réflexion qu'il porte sur celui-ci lui permet de développer de nouvelles théories, jugées hérétiques d'ailleurs exprimé dans ses « discours ». Ces théories portent sur l'idée du microcosme et parle de la dignité de l'homme.
L'Académie florentine, avec pour chef de file Marcile FICIN (1443-1499) diffuse elle aussi cette pensée qui voit en l'homme le pivot d'un monde constitué dans l'harmonie de toutes les parties, chacune liée et dépendante de toutes les autres.
Ces idées étaient déjà inscrites refléter dans maintes peintures, qu'elle soit de chevalet ou de décoration murale, inspirés ou développées parallèlement aux images du Tarot qui se répandent en Italie ; elles ont parfois beaucoup d'analogie avec le contenu sémantique des lames du Tarot.
Les fresques de la Schiffania de FERRARE en sont un magnifique exemple. Exécutés au milieu du XVe siècle par Francisco DEL COSSA, leurs enseignements dépassent la simple allégorie. Elles sont contemporaines des gravures dites « Tarot de MANTEGNA » qui sont des recueils de suite gravée ne formant pas de jeunesse sont, pour certains dessins, très proche du contenu des autres Tarots.
La première, intitulée « Misero » contient l'exacte symbolique du « Mat » et par ailleurs les autres cartes ou lames que sont notamment « l'Empereur », « la Papesse », « la Tempérance », « la Force », entre autres, reproduisent à l'évidence les arcanes correspondant aux jeux de Tarots. Les artistes rejoignent les philosophes et les scientifiques pour ouvrir le champ du savoir. Ils sont animés par le désir de transmettre leurs connaissances. Leur esprit a illuminé et enrichit profondément cette période. Cependant ils se heurtent souvent à l'incompréhension, voir à l'hostilité de ceux qui refusaient de sortir de doctrine imposée par l'autorité ecclésiastique.
Les sociétés secrètes
En conséquence, des mouvements plus ésotériques, les fraternités qui se protègent derrière le secret, se développe dès le début du XIIème siècle.
Des manifestes Rose-Croix, annonçant un nouvel âge de la Connaissance, sont ainsi publiés en France et dans les pays anglo-saxons au tout début de XVIIème siècle.
Dans les pays luthériens ou anglicans, on se montre particulièrement avide d'occultisme n'en est plus intéressé par les finalités mentales que par l'observation naturelle. On n'y associe la recherche de l'illumination et l'étude intellectuelle.
Valentin ANDREA (1586-1654), auteur présumé de : « Noces Chymiques de Christian ROSENCREUTZ », John DEE (1527- 1608 ou 1609), Robert FLUDD (1574-1637), Michael MAIER (1568-1622) et Francis BACON (1561-1626) sont les maîtres à penser d'un mouvement dont la base commune réside dans la recherche de la signification divine par l'interprétation du microcosme et du macrocosme, ceci grâce aux systèmes mathématiques de l'harmonie universelle.
Sans avoir le génie de ses prédécesseurs, Elias ASHMOLE (1617-1692) à recueilli leurs écrits. Comme il participe activement au mouvement Rose-Croix. On retrouve l'esprit de cette société dont certains des hauts grades de la franc-maçonnerie à laquelle ASHMOLE fut affilié dès 1646 dans une loge de Warrington assez proche de l'Écosse.
Dans les loges du Moyen Âge, autour des cathédrales, la réflexion était liée à la transmission de connaissances traditionnelles, en vue de la perfection géométrique du tracé et de l'exécution précise de toutes les formes et parties de l'ouvrage. L'exécutant s'associait à l'ensemble de l'œuvre et, par-delà celle-ci, à l'harmonie universelle ; sa philosophie était contenue dans le geste. Maintenant le geste est signifié et non plus réel.
Il conserve cependant, à travers la mémoire des outils, le potentiel de l'Esprit qui animait la matière devenue symbole.
Cependant, le fondateur de la divination par le Tarot est Jean-Baptiste ALLIETTE alias ETTEILLA (1738-1791) occultiste français, resté célèbre pour avoir popularisé une forme de cartomancie désignée sous le nom de cartomancie et repris la théorie sur le Tarot d’Antoine COURT DE GEBELIN dans l'ouvrage suscité « Manière de se recréer avec le jeu de cartes nommées tarots » publié à Amsterdam en 1770.
La portée symbolique
Le Tarot peut paraître un simple divertissement, un jeu.
En réalité, chargé de pouvoir, il transmit puissance effective parce qu'une ration symbolique, sont un langage lui ; il fixe notre attention, nous force à regarder, à imaginer ; un monde inconnu surgit, se dévoile, provoquant une nouvelle vision.
C'est lames-archétypes éveille les forces de notre subconscient ; elles provoquent une rupture avec notre environnement habituel. Sa division crée un système d'images analogiques ; grâce à son faisceau de correspondance nous pourrons interpréter les cartes selon notre propre degré de connaissance.
Si le cas si on parle de varier selon les individus, selon leur conception personnelle ; elles aboutissent cependant à des résultats similaires car la lame, puissant dans les valeurs éternelles, éveilla même processus de réflexion chaque lettre.
La lame tarot tique ne fournit pas une vérité intangible et dogmatique : elle nous place sur le chemin d'une connaissance intérieure ; elle nous fournit la première lettre de l'analyse ; à nous de trouver la seconde lettre. Cela nous évoque la phrase rituelle maçonnique « Je ne sais ni lire ni écrire le jeu ne sait qu’épeler ; donnez-moi la première lettre je vous donnerai la suivante ».
Ce qui nous invite un cheminement initiatique progressif tel que les 33° du Rite Ecossais Ancien et Accepté nous le proposent.
« Je n'enseigne pas, j'éveille » disait l’écrivain Auguste DE VILLIERS DE L’ISLE-ADAM (1938-1889).
Cependant au Roger CAILLOIS écrit en préface à l’ouvrage d’Oswald WIRTH « Le Tarot des Imagiers du Moyen-Âge » (cf. annexes) : « on n'en finirait pas d'énumérer les enseignements superposés que les 22 figures majeures sont censées véhiculées. Il n'est pas de science conjecturale de doctrine ésotérique (astrologie, agitent mots aussi, alchimie, etc.) qu'il était mis à contribution pour en éclaircir (ou pour en épaissir) le mystère. Cette vue disparate a fait couler beaucoup d'encre. On n'y découvrit le langage hiéroglyphique universel. COURT DE GEBELIN y déchiffra les trésors de la sagesse traditionnelle. L'égyptomanie de la première moitié du XIXe siècle prétendit identifier les symboles en s’aidant du Zodiaque de DENDERAH. Les occultistes modernes, Eliphas LEVI, PAPUS, Stanislas DE GUAÏTA, Oswald WIRTH enfin, interprétèrent chaque détail et la couleur de chaque détail. Tout revêtit une signification cachée et initiatique ».
Oswald WIRTH a écrit concernant le Tarot : « C’est une véritable machine philosophique qui empêche l'esprit de ces carrés, tout en lui laissant son initiative sa liberté ; ce sont les mathématiques appliquées à l'absolu, c'est la l'Iran du positif à l'idéal, d'une loterie de pensée toute rigoureusement juste comme les nombres, c'est enfin peut-être ce que le génie humain a conçu tout à la fois de plus simple et le plus grand ».
Lorsque l'on se réfère à la tradition si bien définie par René guenon, les groupements maçonniques s'intéressent au symbolisme qui se dégage des 22 arcanes. Comme nous avons déjà pu nous en rendre compte, COURT DE GEBELIN ouvrit la voie, cependant fort critiqué pour ses théories égyptiennes qui s’avèrent chimériques ; Stanislas DE GUAÏTA, Oswald WIRTH et PAPUS donnent des valeurs plus reconnues.
D'autres auteurs interrogent symbolisme des lames en concordance avec la pensée maçonnique, en se référant la réflexion d'Oswald WIRTH : « Tous les symboles se tiennent. Celui des francs-maçons transposant allégories constructives les données initiatiques traduites en termes de métallurgie par l’alchimie. Le Tarot rattache la même tradition idéologique des images colorées choisies à l'étalage artistes populaires du Moyen Âge. La communauté d'ésotérisme autorisé dans le tarot masque uniquement ».
Oswald WIRTH insiste sur la « vitalité universellement corporisante », « l’âme des choses qui tend à nous dégager de la matière en nous élevant de spiritualisant ».
Chaque lame du Tarot de Marseille reçoit ainsi une explication plus ou moins ingénieuse par rapport aux rituels maçonniques. Mais je pense pour ma part que la symbolique maçonnique puise dans un symbolisme beaucoup plus vaste, plus général et qu'en réalité nous pouvions évoquer des symboles qui n’appartiendraient qu'à cet ordre ; ce serait d'ailleurs réduire la pensée traditionnelle et son rayonnement universel. Il ne faut pas trop vouloir prouver, mais il reste vrai que certains symboles figurent aussi bien dans la franc-maçonnerie que dans les tarots, tout comme dans d’autres traditions.
Sachant que de tarots sont stables, elles ne sont ni arbitraires ni hantises ; rien n'est laissé au « hasard ». Les cartes ne sont en elle-même ni bénéfique ni maléfique. Une carte-de fournir un sens général mais elle ne prend sa vraie valeur qu'en fonction des autres cartes qui l'entouraient lui donnent son véritable chance. La carte renversée, ou retourner, n'a pas obligatoirement une valeur négative : elle atténue les mérites et renseigne sur le comportement du consultant. Toutes les interprétations (tant symboliques que divinatoires) doivent être exprimées clairement, avec prudence et nuances ; elles doivent provoquer chez le consultant une prise de conscience qui devrait lui permettre de réagir ; mais sur la voie de la compréhension, chaque homme doit effectuer son travail intérieur ; la prise de conscience qui me le subconscient imaginaire.
Aperçu de numérologie
Pour l'Ecole Pythagoricienne (cf. ma planche sur le sujet présentée en loge en 6012) les nombres régissent le monde. Si l'univers et rythme, les rapports qui en découlent peuvent se transmettre de forme d'une figure harmonique, de nature vibratoire qui agit sur notre affectivité. Si le cosmos et nombre, on peut passer de l'harmonie des sons à celle des âmes selon l'échelle libératrice enseignée par le Maître de Samos. Proclus affirme : « le nombre le glorieux père des Dieux et des Hommes » et on identifie la cause première (la monade, l'unité) à Dieu. Ainsi chaque nombre possède des valeurs quantitatives et qualitatives qui lui confèrent une signification particulière dans l'ordre physique, métaphysique ou moral.
Carl Gustav JUNG dit que « le nombre est la forme d'expression la plus primitive de l'esprit » et qu'ainsi il contient toutes les connaissances humaines. Les nombres ne servent pas seulement à propos à compter ou à mesurer, ils opposent et ils concilient.
Or les lames des tarots portent un numéro souvent inscrit en caractères romains. Certaine la même possède une lettre hébraïque. Il est une relation entre ce nombre la valeur de la carte ? Nous parlerons du nombre en fonction de chaque arcane, mais il convient de donner dès à présent des indications générales quitte à conclure sur des études numériques particulières. La numérologie est étudiée à plusieurs reprises dans le présent travail, sur des plans différents de la Connaissance.
Nous évoquerons le nombre comme élément symbolique qui, par sa précision, son universalité, règle tous les éléments de la nature car il est essence de choses, de l'harmonie universelle que ce soit formes, sons, rythmes, actions… Pythagore affirme que le nombre ne manque pas, qu'il est vérité et il dit que : « tout est arrangé d'après le nombre ».
Cette langue de connaissance ne peut être développée ici, et je ne retiendrai que les principes mêmes, si richement évoqués par Raymond ABELLIO et quelques autres auteurs spécialisés (Cf. bibliographie).
Tout nombre est engendré par un, comme toute chose d’ailleurs.
Le MAT ou le FOU, se numérote selon les auteurs 22 ou 0, que faut-il en penser ?
Le ZERO est un point dilaté devenu le cercle, hiéroglyphe du Soleil, symbole du Céleste, de la Spiritualité, le carré étant le symbole du Terrestre, du Matériel (Rappelons-nous la Quadrature du Cercle et bien entendu l’Homme de Vitruve de Léonard De Vinci).
Le 22 contient tous les aspects de la création humanisée.
Le MAT est le jumeau du Bateleur, la lame n°1. Qu’il soit le zéro ou le 22 il le complète, il apporte la réponse au Bateleur, il est à la foi le commencement et la fin, l’alpha et l’oméga, on a là l’étymologie du mot symbole, issu du symbolum grec, deux pièces formant un ensemble, d’où le blanc et le noir du pavé mosaïque, le Yin et le Yang…
22 Arcanes majeurs.
Quant au 56, nombre des arcanes mineurs, par expansion théosophique on retrouve la somme de 1 + 3 + 6 + 15 + 21 avec les deux extrêmes des arcanes majeurs, le 1 et le 21.
Pour 78, qui est 22 + 56, on retrouve la somme citée plus haut des 12 premiers nombrés selon l’addition théosophique, et on fait alors aussitôt le rapprochement avec notre calendrier, les douze mois de l’année et par-delà l’astrologie et ses douze maisons zodiacales.
3, 7 et 12 ont aussi une grande importance dans le tarot.
Ainsi seules les 21 lames majeures sont numérotées, soit 3 X 7.
Les 56 arcanes mineurs sont le produit de 8 X 7.
Était-ce pour accorder une place privilégiée aux 7 planètes alors connues (Soleil, Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne) ?
7 s’écrit aussi come l’addition 4 + 3, alors qu’ne les multipliant on obtient 3 X 4 = 12, « Manifestation de la Trinité aux quatre points de l’espace » comme l’écrit Michel RANDON dans « La tradition et le Vivant » (Editions Le Félin, 1985, p. 73). « La division de l’année en 4 saisons de 3 mois, correspond à douze signes du zodiaque et aux 12 demi-tons de l’octave. 12 et 7 sont des nombres sacrés. Ils sont l’un et l’autre le père et la mère des choses manifestées, alors que le 1 et le 3 expriment l’essence qui se fait substance ».
Quelques valeurs de nombres harmoniques
Dans l’Antiquité, la science des nombres était une sorte de langage universel, théorie qui se reliait à la musique ; Par son influx dynamique, sa périodicité, son ryhtme, ce système se reliait à celui de l’Univers et au Monde qui ne s’était pas encore révélé, le visible n’étant qu’une face de l’invisible.
La Kabbale
Nous venons de constater que 22, nombre des lames majeures, était également en général celui des lettres des alphabets et plus spécialement celui de l’alphabet hébraïque.
Le Tarot ne semble pas selon les historiens être d’une origine juive ésotérique mais on a affecté malgré tout une lettre à chacun des arcanes majeurs et certains auteurs y ont vu une possible correspondance entre els lames du Tarot et l’arbre des sephirot.
Le développement de ce concept devrait faire l’objet d’une planche à part entière qui lui serait exclusivement consacrée.
Rapprochements astrologiques
Il est difficile d’associer les 22 lames du tarot avec les 12 signes du zodiaque, il faudrait pour correspondre ne s’occuper que des 12 premières lames, ou n’avoir que 11 signes du zodiaque, voire en avoir 22.
OU alors, en prenant en compte le fait que les planètes Uranus, Neptune et Pluton n’ont été découverts que récemment, on pourrait comme on l’a déjà signalé plus haut ne considérer que 7 planètes et de ce fait avoir une relation de 7 X 3.
La lecture astrologique est donc peu fiable quant à l’apparition et l’utilisation du Tarot à des fins divinatoires.
Il existe aussi des correspondances de couleurs, des correspondances avec les quatre éléments selon les lames, avec les métaux connus au moyen âge...et même il existe une interprétation alchimique où selon FULCANELLI dans ses « Demeures Philosophales » le « Grand Œuvre alchimique se décompose en 21 étapes de purification de l’ELIXIR ».
Alchimie
Outre les 22 arcanes majeurs dont la description fera l’objet d’une seconde planche, je vais vous parler brièvement des 56 arcanes mineurs, 4 séries de 14 cartes chacune. Cartes numérotées de 1 à 10 avec en plus un Valet, un Cavalier, une Reine et un Roi. 4 couleurs : Cœur, Pique, Trèfle et Carreau souvent mais surtout Deniers, Epées, Coupes et Bâtons.
DENIER = PASSIF, VALET, élément TERRE, Apprentissage vers le Compagnonnage
EPEES = ACTIF, CAVALIER, élément AIR, Compagnonnage
COUPES = PASSIF, REINE, élément EAU, Maîtrise
BATONS = ACTIF, ROI, élément FEU, Maîtrise et au-delà…
Deniers = pièces d’argent (les métaux, le plomb… ?) dont il faut se séparer pour entrer en purification au sein du cabinet de réflexion ? Caverne, athanor, lieu d’introspection, pour devenir un apprenti…
Epées : au sortir de la Terre le postulant franc-maçon est élevé pénètre l’élément AIR, première épreuve subie dans le Temple selon le rituel initiatique du REAA, où il est confronté à un certain nombre d’embûches.
L’impétrant est menacé par les épées une première fois, portées par les Maîtres, avec une double signification : celle d’élan, de pénétration et d’élévation, ainsi que celle de défense et de protection, révélée dans un deuxième temps au profane.
Les coupes : contenant de la nature humaine, centre vital de l’Etre, à la fois le ventre où sera recueillie l’énergie qu’elle va élever jusqu’au niveau du cœur dont le contenu est le sang, principe de vie, mais aussi les passions, d’où le signe d’ordre.
Les bâtons sont le feu purificateur, transformateur, qui transmute : c’est le sens de la finalité des déplacements de tout néophyte dans sa marche vers la lumière. C’est le moyen de transcender l’intellect et les possibilités ou les difficultés que possède ou rencontre l’individu pour dominer et transcender la Matière grâce à l’esprit.
En conclusion, les quatre séries du Tarot correspondent à la totalité de l’Etre dans son corps (Deniers), ses actes (Epées), ses émotions (Coupes) et son esprit (Bâtons).
La fonction symbolique du Tarot
Je viens de présenter le tarot comme étant une démarche évolutive, en continu. Ce n’est qu’une prise de conscience de ce qu’il est. Mais comme dans tout jeu, l’aléatoire et le combinatoire font partie de ses fonctions ; ce sont aussi, dans une certaine mesure, celles du symbolisme. On peut en effet réfléchir sur le rôle de l’image et de sa portée symbolique. Chaque image comporte plusieurs sens de lecture appréciés en fonction des références propres à chacun.
Cependant le symbolisme est un langage de connivence qui est susceptible d’établir une relation entre la surface de l’Etre et ses motivations profondes.
Pour que le symbole germe, se développe et porte ses fruits, la personne doit s’engager.
Oswald WIRTH précise à ce propos : « Le Tarot nous convie à l’effort qui, dégageant notre esprit de l’emprise de la pensée d’emprunt, lui permet d’acquérir des idées qu’il ne devra qu’à lui-même » et plus loin de rajouter : « Le propre du symbolisme est de rester indéfiniment suggestif : chacun peut y voir ce que sa puissance visuelle lui permet de percevoir. Faute de pénétration, rien de profond n’est perçu » ce qui est tout à fait ce que disait Léonard De Vinci : « Regarde la Lumière, ferme l’œil et observe. Ce que tu as vu avant n’est plus, ce que tu verras ensuite n’est pas encore ».
Parlant de puissance visuelle, WIRTH entend ce terme au sens de visualisation intérieure et d’imagination active.
Son propos signifie aussi que rien, dans ce domaine, ne s’acquiert sans travail de réflexion. Cette puissance de visualisation peut se développer, s’éduquer, mais attention à ne pas prendre des vessies pour des lanternes, à ne pas s’illusionner.
Il faut donc rester lucide et acquérir le recul que peut donner la culture, l’étude, l’acquisition de référents…
Le but est l’individuation, chère à Carl Gustav JUNG et à moi-même, qui mériterait là aussi une planche à part entière.
A cette condition le Tarot peut être un instrument servant à affiner la connaissance de soi en libérant l’esprit des contraintes cartésiennes et en stimulant l’intuition, le détachement. Il peut ainsi permettre d’accéder à une pensée plus universellement créatrice.
Par l’enchaînement des effets, cela nous conduit à espérer pouvoir approfondir les plans de conscience jusqu’à percevoir l’informulé et peut-être, définir des potentialités mais sans doute pas de certitudes.
Divination, révélation, transmission…
Les hommes ont toujours cherché à comprendre leur destinée et ont utilisé toutes sortes de moyens pour interroger les dieux sur leur devenir.
Les tribus nomades ont de tout temps utilisé la symbolomancie et ils ont sans doute contribué à y inscrire des archétypes de l’humanité.
A partir du 17ème siècle, le Tarot leur offrait un matériau de choix et la cartomancie s’est répandue dans toute l’Europe.
Par le biais de ce symbole s’établit la relation entre la conscience et certaines motivations qui souvent nous échappent, et qu’il est parfois difficile de comprendre. En utilisant ou non le hasard il est possible de pénétrer alors, de manière effective, dans le domaine de la prescience ou de la divination, c’est-à-dire de la part de nous-mêmes qui nous échappe, parce que transcendante. Si nous laissons de côté le mode de pensée rationnel, fort utile dans notre vie quotidienne, si nous sommes certain que toutes les structures de l’Univers s’interpénètrent, « que tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut », c’est-à-dire que microcosme et macrocosme répondent aux mêmes lois et sont animés par les mêmes principes, si nous pensons que, comme dans un hologramme, chaque partie contient l’information du tout, pourquoi alors la mise en relation aléatoire d’éléments appartenant à une structure ne serait-elle pas porteuse de sens ? Mais ce n’est pas aussi simple car entre le conscient et l’inconscient viennent s’interposer toutes sortes de trames…
En projetant au niveau de la conscience l’univers intérieur de l’individu, le Tarot joue un rôle de miroir ; il s’agit d’un jeu de réflexions dans lequel le « moi » dialogue avec lui-même à travers le contenu symbolique de la carte.
En cela le Tarot diffère des cartes ordinaires car ses images constituées au cours des siècles empruntent leurs contenus aux sources mytho-allégoriques qui, elles-mêmes, reflètent les bases archaïques de la pensée humaine.
Personnellement, je suis convaincu que, si divination il y a, cela doit surtout marcher lorsque l’on se « tire les cartes » à soi-même.
La réalité et la nature de notre possible rapport entre l’homme et le divin ne peuvent être clairement définis par le raisonnement. N’oublions pas : « Le cœur à ses raisons que la raison ignore » selon Blaise PASCAL. Les questions en arrière-plan sont multiples : et tout d’abord l’homme est-il prédestiné ? La psychanalyse a changé la nature du problème en déplaçant le foyer des recherches : le « centre divin »devenant l’inconscient même, actif au sein de l’individu.
Chacun est alors responsable face à son destin, lequel résulterait en partie de l’attitude, de l’action, de la pensée et des choix au présent, même si dans ces faisceaux de possibles et de relations, les choix personnels sont en réalité extrêmement limités.
Tout acte de magie ou de prophétie ne peut être que suspect au regard d’un raisonnement logique, d’autant plus que les supercheries sont constantes en ce domaine.
L’exploitation qui en est faite quotidiennement de manière souvent répréhensible (sectes…) est aussi le résultat du refus d’étudier et de comprendre les fondements traditionnels de faits qui, pour ne pas être scientifiques au sens faussement cartésien, existent du moins en tant que phénomènes de société et concernant la psychologie de l’homme social.
Mais l’avenir est en partie fonction de nos choix dans le présent, il s’agit donc, aussi, de comprendre le « Ici et maintenant ».
Notre devenir, ou celui des évènements qui nous concernant, est en général fonction de nos aptitudes et de notre attitude face aux circonstances. Si le Tarot peut nous révéler une part de nos propres tendances, ou nous aider à les comprendre, son utilité en sera déjà évidente.
En fait il peut nous éclairer sur nous-mêmes et cela est déjà conséquent.
L’alchimiste et médecin Paracelse, au 1èème siècle, nous rappelle, à sa manière très poétique, que le monde st fait de structures toujours semblables du haut en bas, de l’extérieur à l’intérieur : « Le ciel intérieur de la créature humaine peut être autonome, à condition que par sa sagesse, qui est aussi savoir, il devienne semblable à l’ordre du monde, le reprenne en lui et fasse ainsi basculer dans son firmament intérieur, celui où scintillent les visibles étoiles ».
LES ARCANES MAJEURS DU TAROT

L'objet de la présente étude est d'attirer l'attention du lecteur sur quelques ressemblances singulières qu’on peut relever entre les arcanes majeurs du Tarot et les symboles de l'Astrologie, tels que nous les connaissons sous le voile des mythes gréco-latins.
Il ne s'agit point d'un essai d'interprétation des arcanes majeurs ; l'incertitude règne encore sur les origines du Tarot, sur les traits essentiels de ce monument, sur la signification de ses allégories et ce triple problème est trop ardu pour que nous osions en proposer une solution. Mais nous formons le vœu qu'il attire davantage l'attention des érudits et des archéologues. Les patients travaux de ceux-ci pourraient délimiter peu à peu les contours de la question, en préciser les termes et projeter quelques rayons de lumière à travers les nuages qui l'enveloppent.
I
Les exemplaires du Tarot que nous connaissons remontent au XVe siècle environ ; les personnages qu'ils représentent portent des costumes Renaissance. Un document positif prouve que ce jeu était connu en France dès 1392 : c'est un compte de l'argentier Poupart qui mentionne trois jeux de Tarots enluminés par jacquemin Gringonneur pour le divertissement du roi Charles VI (1). Merlin croit que ces images étaient imitées d'un modèle antérieur, probablement italien. Toujours est-il qu'on ne peut retrouver aucune trace certaine de l'existence des tarots antérieurement aux figures naïves que dessinaient les imagiers du moyen âge (2).
Les allégories figurées sur ces cartes remontent elles à une plus haute antiquité et d'où peuvent-elles venir ? Si l'on en croit l'opinion commune, elles auraient une lointaine origine ; mais les hypothèses formées à l'appui de cette idée diffèrent sensiblement entre elles et reposent sur des raisonnements par induction trop peu démonstratifs pour que l'une d'entre elles paraisse nettement préférable aux autres.
Le célèbre érudit Court de Gébelin déclare sans hésiter que le Tarot est égyptien. Les vingt-deux cartes, dit-il, se ramènent à vingt-et-une, puisque « le Fou » compte dans le jeu pour zéro. Or, vingt-et-un est un multiple de sept et nous savons que les Egyptiens vénéraient particulièrement le nombre sept. L'argument n'est point de ceux qui emportent la conviction et le lecteur demeure sceptique également lorsque Court de Gébelin déclare reconnaître dans les arcanes majeurs Isis et Osiris, Typhon, le grand hiérophante et autres symboles égyptiens. La conviction du savant Court de Gébelin paraît plus intuitive que raisonnée ; elle repose au fond sur l'idée que le Tarot devant être un livre initiatique et devant renfermer de profonds enseignements, seul un peuple de sages et d'initiés comme celui d'Egypte a pu le concevoir (3).
Le tireur de cartes Etteila, qui vivait au XVIIIe siècle, a renchéri sur l'idée de Court de Gébelin en appelant le Tarot « le livre de Thoth » et cette dénomination eut quelque succès.
Eliphas Lévi, le rénovateur de l'occultisme, affirme non moins catégoriquement que le Tarot est d'origine hébraïque. Les prêtres hébreux avaient coutume de consulter le sort ou la divinité au moyen de lames gravées de caractères symboliques qu'on appelait les Teraphim. Lorsque le souverain sacerdoce cessa en Israël, un sage, désireux de conserver ces mystères tout en les dérobant aux profanes, aurait gravé sur des cartes des allégories correspondant aux symboles des Teraphim(4).
Entre ces opinions extrêmes se placent les doctrines plus éclectiques de Papus et du Docteur Fugairon.
Papus enseigne que le Tarot vient de l'Inde, qu'il a été apporté dans l'Europe occidentale par les Bohémiens qui ne seraient qu'une tribu, dissidente émigrée ou expulsée de l'Inde. L'Inde aurait reçu elle-même ce monument de l'Egypte, ce qui nous ramène à la théorie de Court de Gébelin. D'autre part, les analogies du Tarot avec la Kabbale que signale E.Lévi s'expliqueraient par les origines égyptiennes de la Kabbale (5). La plupart des occultistes modernes ont adopté l'explication de Papus.
Pour le Docteur Fugairon, le Tarot serait un livre initiatique persan et les mages de Perse en auraient trouvé les symboles dans les doctrines de la Chaldée combinées avec celles de l'Egypte. Transmis par les Mages aux Hébreux, le Tarot aurait reçu en Palestine des influences de la Kabbale, puis il aurait été surchargé d'allégories gréco-latins par les juifs d'Alexandrie avant de pénétrer en France, en Italie et en Espagne (6).
Nous mentionnerons enfin l'opinion d’un auteur moderne qui étudia pendant plus de vingt ans la symbolique en général et celle du Tarot plus spécialement. Oswald Wirth déclare qu'il est impossible de remonter avec quelque précision dans l'histoire du Tarot au delà des documents du XIVe siècle, que les origines égyptiennes ou orientales de ce monument ne sont rien moins que prouvées et enfin que, si le Tarot offre une valeur symbolique, c'est le résultat d'une lente adaptation des types créés par les imagiers du moyen âge, d'une sorte de divination due à l'âme collective des foules (7).
Il est fort probable que les imagiers du moyen âge se sont inspirés de modèles plus anciens, mais en les adaptant à leur époque de telle sorte que rien ne permet d'en déceler l'origine. Certaines cartes du Tarot expriment des idées nettement chrétiennes, comme «le Pape » et « la Résurrection des morts ». Peut-être est-ce la figure nouvelle d'un symbole païen, mais on ne peut dire duquel a priori. Les costumes sont de l'époque Renaissance et nous croyons que les interprètes qui ont voulu reconnaître un ibis dans l'oiseau grossièrement dessiné sur, la carte 17 (les Etoiles) pour conclure à l’origine égyptienne du Tarot, ont été victimes de leur imagination.
Le rapprochement du Tarot avec d'autres monuments de l'antiquité pourrait nous éclairer si nous possédions des éléments de comparaison, mais il semble bien que ceux-ci soient rares ou fassent défaut. Suivant Court de Gébelin (8), il existerait un Tarot chinois. Vaillant (9) et Papus (10) en ont également parlé, mais sans le décrire. Ce Tarot se compose non de figures allégoriques, mais de caractères gravés sur des lames. Que signifient ces caractères ? Il serait intéressant de le savoir. Quant au nombre des lames, il est de 77, alors que nos Tarots occidentaux comptent 22 arcanes majeurs et 56 mineurs, soit 78 lames.
Le Dictionnaire de l'Art et de la Curiosité(11) reproduit onze figures d'un Tarot persan dont les lames en ivoire portent gravés des turbans, des sabres des casques, des couronnes et des cartouches avec des inscriptions. Le Tarot compterait cinquante cartes. Il ne paraît pas avoir fait l'objet d'études des spécialistes.
L'étymologie du mot «Tarot » n'a pas fourni aux chercheurs un fil d'Ariane qui leur permît de sortir du labyrinthe. Court de Gébelin la trouve dans deux racines égyptiennes qui seraient Tar, chemin et Ro ou Ros, royal : le chemin royal. Vaillant rapproche le mot de l'Astaroth hébreu ou de l'Ottara indien, qui désigne la Grande Ourse.
Eliphpas Lévi lit « kabbalistiquement » Tarot dans le monogramme du Christ formé d'un X et d'un P grecs enlacés entre l’A et l'O. D'autres auteurs prétendent qu'on appelait autrefois tares les points gravés sur les cartes (12).
II
La figure du monument que nous examinons est-elle au moins bien définie ? Il semble que oui. Nous connaissons les différences plus ou moins grandes qui séparent le Tarot de Court de Gébelin, le Tarot de Marseille, les Tarots italiens et les Tarots allemands.
Elles ne portent ni sur le nombre des cartes, ni sur leur dessin essentiel. Ces différents Tarots sont évidemment des copies d'un modèle primitif.
Mais quel est ce modèle primitif et quel degré d'authenticité peut-on lui accorder ? Les recherches faites par Merlin sur les jeux italiens qui auraient inspiré les imagiers français donnent un singulier intérêt à cette question, parce que le nombre et les symboles des cartes italiennes ne coïncident pas avec ceux des cartes du Tarot classique (13).
Dans le Tarotchino de Bologne, on compte 62 cartes dont 22 arcanes majeurs ou Tarots qui correspondent a ceux que nous connaissons.
Le jeu vénitien a 78 cartes, y compris les 22 Tarots classiques. Mais les Minchiate de Florence comptent 97 cartes dont 41 Tarots. Ceux-ci reproduisent les 22 symboles connus, avec quelques variantes, en y ajoutant les 4 vertus théologales, les 4 éléments et les 12 signes du Zodiaque. Enfin le jeu dit « jeu philosophique de Mantegna » ou. « cartes de Baldini » compte 50 Tarots rangés en cinq séries de 10 et se rapportant respectivement aux états de la vie, aux Muses et aux arts, aux sciences, aux vertus et au système du monde.
Il semble que les imagiers primitifs aient choisi lentement parmi les allégories multiples celles qui pouvaient le mieux convenir au Tarot, soit qu'on envisageât celui-ci comme un jeu de cartes, soit qu'on en fît un instrument de divination, et qu'ils aient déterminé le type actuel par une série de tâtonnements et de retouches.
Ces tâtonnements ont produit des variations du dessin parfois considérables. Eliphas Lévi cite des Tarots, qu'à la vérité nous ne connaissons pas, dans lesquels la carte 19, au lieu de figurer un soleil et deux enfants, représenterait soit une fileuse, soit un enfant monté sur un cheval blanc et déployant un étendard écarlate. Dans des limites plus restreintes, les modifications apportées aux détails d'une figure peuvent en modifier le sens allégorique. Nous prendrons comme exemple la carte 12, dite le « Pendu ».
Le Tarot de Marseille orne la tête du pendu d'une chevelure rayonnante, qui fait penser aussitôt à Apollon, et appuie sa potence sur deux arbres ayant chacun six branches coupées. Cela peut signifier le soleil au solstice d'hiver, au douzième mois de l'année. La même figure devient l'image d'un supplicié quelconque dans les Tarots italiens, parce que la chevelure est lissée et que les arbres sont remplacés par des poteaux droits.
A ces variantes qui paraissent résulter simplement d'un, travail peu soigneux du copiste, viennent s’ajouter les variantes voulues et systématiques de certains interprètes ; ici nous entrons dans le domaine de la fantaisie. Rappelons comment Court de Gébelin se trouvant embarrassé pour expliquer «le Pendu », n'imagina rien de plus simple que de retourner la carte, et de remettre le pendu sur ses pieds, ou plutôt sur un pied, l'autre demeurant en l'air. Cet artifice innocent lui permit de déclarer que «l'homme pendu par le pied » était en réalité « l'homme au pied suspendu », homo pede suspenso, symbole de la prudence.
Oswald Wirth a dessiné un Tarot remarquable comme exécution, mais corrigé de manière à illustrer les interprétations d'Eliphas Lévi. Par exemple, le Bateleur de la carte I doit avoir en main la baguette magique, et, sur la table, des deniers, une coupe et une épée, pour satisfaire au symbolisme du Tétragramme. Aucun de ces accessoires ne figure sur les Tarots classiques qui représentent au contraire très nettement un matériel de jongleur et d'escamoteur : dés, gobelets, noix, couteaux, etc... Le chapeau du Bateleur, qui est un chapeau quelconque, est contourné de manière à dessiner le signe algébrique 8 (horizontale) qui représente l'infini. Ce signe était-il connu au XIVe siècle avec cette signification ?
Papus est allé plus loin dans le domaine de l'imagination en dessinant un Tarot égyptien, avec des croix ansées, des scarabées des éperviers, des coiffures à cornes, etc., qui aurait fait le bonheur de Court de Gébelin. On doit lui reconnaître comme mérite artistique que certains corps de femme, notamment à la carte 17, sont d'un joli dessin.
Il existe aussi un Tarot d'Etteila, un Tarot de Mlle Lenormand, etc.
A côté des points d'interrogation que soulève le dessin des cartes, il en est d'autres qui ont trait à leur numérotage et à la légende qui les accompagne.
Le numérotage des cartes est-il invariable ? Court de Gébelin s'est demandé déjà s'il ne fallait pas renverser l'ordre numéral habituel. Les anciens Tarots de Bologne ou Venise placent « le Fou » avant le Bateleur, avec le numéro 0, tandis que nous lui assignons d'ordinaire le vingt et unième rang. Le Tarotchino de Bologne bouleverse l'ordre réputé classique en mettant la Tempérance au n° 8, la justice au n° 9, la Force au n° 10, la Roue de Fortune au n° 11, le Vieillard au n° 12, le Pendu au n° 13 la Mort au n° 14, le Monde au n° 20, et la Résurrection au n° 21.
Personne ne sait pourquoi les cartes sont numérotées dans un ordre plutôt que dans un autre, si cet ordre est arbitraire ou s'il constitue une série. Il ne se rapporte en tout cas ni aux règles du jeu de cartes, ni à la divination par le Tarot.
Les légendes des cartes varient peu. On voit cepandant apparaître dans les Minchiate de Florence l'empereur d'Orient et l'Empereur d'Occident à la place de l'Empereur et de l’impératrice (n°s 3 et 4). Le Monde (n° 22) devient la Renommée. La légende si incompréhensibe de la Maison-Dieu (n° 16) est remplacée par la Foudre dans le Tarotchino, de Bologne.
Toutes les légendes paraissent modernes ; A supposer que les dessins allégoriques du Tarot aient une origine lointaine, les imagiers les ont habillés de vocables ainsi que de costumes empruntés à leur époque. Le Bateleur et le Fou de Cour sont des personnages Renaissance. Le Pape et le Diable, le Jugement et l'Ermite supposent des croyances catholiques. Mais ces vocables ne sont que des traductions. Court de Gébelin rappelle quelques appellations traditionnelles des cartes qui ont une physionomie nettement orientale : le Mat pour le Fou ou le Pagad pour le Bateleur. Les autres sont vraisemblablement perdues.
III
Quelle est la symbolique du Tarot ? Ses allégories ont-elles des sens divers, sans cohésion ni suite, ou se rapportent-elles toutes à un même ordre de vérités, contiennent-elles un enseignement, forment-elles un livre secret aux feuillets mobiles ? Court de Gébelin et Etteila ont interprété ces symboles au hasard de leur imagination, sans aucune préoccupation systématique. Mais à partir d'Eliphas Lévi prévalut une autre conception qui eut un succès énorme et devint classique chez tous les occultistes modernes. Les 22 lames du Tarot seraient la représentation symbolique du sens secret des 22 lettres de l'alphabet hébreu. On retrouverait dans le livre de Thot les mystères de l'hiéroglyphisme primitif et, en combinant suivant des règles fixes les 22 lames, on développerait tous les arcanes de la science kabbalistique.
Une fois admis le système d'interprétation d'Eliphas Lévi, tous les auteurs se sont bornés à des développements et des commentaires de l'idée essentielle. Certains établissent des correspondances avec les dix Sephiroth. Barlet met en parallèle le Tarot et le Nuctéméron et s'en sert pour décrire les phases de l'initiation (14). Papus enfin s'efforce de trouver la clef même de ce symbolisme dans le fameux tétragramme qui contient les lois du mouvement quaternaire, de la génération des nombres, des idées et des formes et il construit un édifice aux proportions rigoureuses, aux perspectives géométriques où l'application d'une seule loi arithmétique donnerait la clef de tous les arcanes du Tarot, tant majeurs que mineurs.
Nous ne saurions entreprendre ici ni la critique, ni même l'examen détaillé de ce système d'interprétation qui nous a valu des travaux remarquables dus à des penseurs de haute valeur. Cela exigerait un long et minutieux travail, travail qui n'a jamais été fait. L'idée d'Eliphas Lévi a paru si simple et si belle aux chercheurs qu'ils l'ont adoptée d'enthousiasme sans songer à exiger des preuves solides de ses assertions. Or, il est facile, dans les études de symbolique, de forcer et de déformer le sens d'une allégorie ou d’un hiéroglyphe au point de se laisser guider inconsciemment par une idée préconçue.
Nous nous bornons ici à prétendre que l’interprétation classique du Tarot n’est point une chose dont l'exactitude soit certaine. Elle peut être vraie, elle peut être fausse, elle peut être erronée pour partie. Encore vaudrait-il la peine que la question fût étudiée de près et que les disciples ne se bornassent point à invoquer l’autorité du maître pour lever tous les doutes.
Le point délicat de toute la théorie est de déterminer exactement le sens hiéroglyphique des vingt-deux lettres de l'alphabet hébreu pour savoir si les images du Tarot sont en rapport avec elles. Nous craignons fort que beaucoup des partisans du système que nous examinons n'aient attribué aux vingt-deux lettres un sens purement fictif et imaginatif, choisi de telle sorte qu'il coïncidât avec le dessin correspondant.
Où trouver l'autorité qui déterminera ce sens hiéroglyphique ? On songe tout de suite au livre fondamental de la Kabbale qui traite du mystère des vingt-deux lettres, au Sepher Jesirah. De ce côté, la déception est complète. Il n'y a aucun rapport possible entre les correspondances que le Sepher Jesirah donne aux lettres hébraïques et les figures mystérieuses du Tarot. Par exemple la lettre Aleph symbolise l'atmosphère ou la poitrine de l'homme : la carte correspondante serait le Bateleur. La lettre Vau symbolise la tête, l'ouïe et la surdité : la carte correspondante serait l'Amoureux, etc...
Eliphas Lévi déclare donner le sens des lettres hébraïques tel que l'ont établi divers kabbalistes, mais sans dire lesquels. A chaque lettre correspondent, dans son travail, non pas une, mais six ou sept idées dérivées, parfois extrêmement dissemblables. Ainsi Aleph signifierait tout ensemble «l'Etre, l'esprit, l'homme ou Dieu, l'objet compréhensible, l'unité mère des nombres et la substance première». La lettre Quoph signifierait « les mixtes, la tête, le sommet, le prince du ciel ». On saisit à la vérité malaisément comment la carte dite le Soleil peut bien illustrer cet assemblage d'idées : l'analogie n'apparaît pas à l'esprit.
Papus détermine l'hiéroglyphisme des 22 lettres d'après Fabre d'Olivet qui est un savant dont l’opinion peut faire autorité. Mais il prend soin, presque toujours, d'ajouter au sens indiqué par Fabre d'Olivet un second ou un troisième sens dérivés dont celui-ci ne fait aucune mention et qui lui permettent d'arriver au sens de la lame qu'il examine. Donnons quelques exemples de cette méthode.
Lettre Beth, Fabre d'Olivet : « La bouche de l'homme, son habitation, son intérieur. » Papus : « La bouche, organe de la parole. Toute production émanée d'une retraite, enseignement, loi, gnose, kabbale. » Carte La Papesse.
Lettre Dzaïn Fabre d'Olivet : « Javelot, trait, flèche. » Papus « Flèche, arme, instrument pour dominer et vaincre, victoire.» Carte Le Chariot.
Lettre Heth, Fabre d'Olivet : « Champ, travail, effort. » Papus ajoute : «Pouvoir équilibrant, équilibre, justice. » Carte La Justice.
Lettre Lamed, Fabre d'Olivet : « Le bras de l'homme, l’aile de l’oiseau, tout ce qui s'étend et se déploie. » Papus : « Expansion ; l'expansion divine dans l’hurannité se fait par la loi révélée. La loi entraîne le châtiment, d'où châtiment. » Carte Le Pendu.
Lettre Mem, Fabre d'Olivet : « La Femme. Tout ce qui est fécond et formateur. » Papus ajoute que toute création nécessitant une destruction, le Mem peut symboliser la Mort. Carte La Mort.
Lettre Quoph, Favre d'Olivet : « Arme tranchante. » Papus en tire l'idée d'existence matérielle et de Vie universelle. Carte Le Soleil.
Lettre Schin, Fabre d'Olivet : « La partie de l'arc d'où s’élance la flèche ; c'est aussi le signe de la durée relative. » Papus rattache à ce sens celui « des satisfactions de la chair. » Carte Le Fou.
Nous croyons que ce bref aperçu suffira pour nous justifier auprès du lecteur d'avoir émis quelques doutes sur la valeur des concordances du Tarot avec l'alphabet hébreu. N'est-ce pas suivre la fantaisie de l'imagination que de considérer l'image de la Mort comme le symbole de la fécondité ou d'établir un Approchement entre le Soleil et une arme tranchante ? La vérité est que certains rapprochements de lames et de lettres sont plausibles : Aleph, qui désigne l'homme, peut se rapporter au Bateleur ; Caph, qui désigne la main qui serre, peut se rapporter à la Force, tandis qu'entre d'autres lettres et d'autres lames on ne saurait découvrir aucun rapport, même lointain et indirect.
Une autre considération encore mériterait d'attirer l'attention des chercheurs. On sait que la tradition des devins donne un certain sens à chaque carte du Tarot pour en déduire des oracles lorsqu’on combine les lames selon les règles de l'art. Ce sens a des chances d'être fort ancien, si le Tarot est vraiment un monument que l'antiquité nous a légué. Il se pourrait que ce sens fût, le sens véritable du dessin auquel il se rapporte. Or, il est intéressant de constater que la signification « divinatoire » des lames du Tarot diffère souvent de la signification classique et prétendue kabbalistique. Nous signalerons particulièrement le sens des lames suivantes (15) : Le Bateleur : Habileté, diplomatie, ruse. - L'Impératrice : Fécondité, génération. - L'Amoureux : Amour. - La Roue de fortune: Elévation. - La Tempérance : Métamorphose. - Le Diable : Force majeure.
IV
En dehors de l'interprétation kabbalistique, on pouvait imaginer d'autres explications systématiques du Tarot. Une de celles qui devaient se présenter à l'esprit le plus naturellement en appréciant un monument réputé très ancien était l'interprétation astronomique, astrologique ou mythologique. Certains auteurs ont pensé que le Tarot pourrait être une espèce de calendrier, mais sans retrouver la clef de sa construction.
Papus, dans la première édition de son ouvrage, signale l'analogie possible des arcanes Majeurs et du Zodiaque (16).
Le Docteur Fugairon, dans une étude très nourrie et pleine d'érudition, s'efforce de retrouver sous les 22 arcanes les symboles des planètes et des signes du Zodiaque (17). Malheureusement, au lieu de se laisser guider dans cette recherche par l'analogie, le Docteur Fugairon part de l'idée préconçue de l'interprétation kabbalistique et veut s’appuyer sur elle. Il divise donc les 22 lettres en trois groupes : les 3 mères, les 7 doubles et les 12 simples. Les premières, dont il semble un peu embarrassé, auront un sens général ou philosophique. Les secondes représenteront les 7 planètes ; les troisièmes les 12 signes du Zodiaque. En établissant les correspondances des cartes et des lettres, on arrive à établir les significations suivantes :
La Sagesse, la Lune ; l’impératrice, Vénus ; l'Empereur, Jupiter ; la Force, Mars ; le Jugement, Saturne ; les Etoiles, Mercure ; le Monde, le Soleil ; le Pape, le Bélier ; l'Amoureux, le Taureau ; le Chariot, les Gémeaux ; la Justice, le Cancer ; l'Ermite, le Lion ; la Roue de Fortune, la Vierge ; le Pendu, la Balance ; la tempérance, le Scorpion ; la Maison-Dieu, le Sagittaire ; le Diable, le Capricorne ; la Lune, le Verseau ; le Soleil, les Poissons.
A part deux ou trois coïncidences frappantes (Empereur = Jupiter ; Diable = Capricorne), le tableau dressé par le Docteur Fugairon est entièrement arbitraire et il ne pouvait en être autrement puisqu'il part d'une base a priori. Pour rechercher si le Tarot possède un sens astrologique, il faut laisser de côté l'hypothèse kabbalistique et se laisser guider par la signification directe des figures.
V
En jetant les yeux sur les vingt-deux arcanes du Tarot, après avoir fait abstraction du numérotage et des correspondances hiéroglyphiques habituellement admis, nous avons été frappés de constater que presque toutes les cartes offraient une analogie sensible et parfois extrêmement forte avec des symboles zodiacaux ou planétaires. Exposons ces ressemblances en commençant par les plus marquées.
Deux cartes attirent d'abord l'attention : le Soleil et la Lune. La première représente très exactement le Soleil dans le signe des Gémeaux. Un soleil radieux surplombe et éclaire de ses rayons un groupe de deux jeunes enfants, nus, enlacés, de même taille et se ressemblant.
La seconde désigne, non moins précisément, la Lune dans le signe du Cancer. Au bas du dessin se détache une écrevisse (ou Cancer), au milieu d'un ruisseau. Au-dessus figurent deux tours : symbole par lequel les Anciens désignaient les solstices, qui sont comme des bornes limitant la course du soleil (on sait que le signe du Cancer marque le solstice d'été). Près des tours, deux chiens. Court de Gébelin prétend que les Egyptiens symbolisaient les tropiques par des chiens ; à supposer vraie l'explication, ce serait un redoublement de l'idée exprimée par les tours. Au ciel brille la Lune, la Lune dont le domicile astrologique est précisément le signe du Cancer.
Pour ces deux premières figures, le sens astrologique apparaît évident et il fournit une explication autrement nette que les correspondances des lettres hébraïques.
Viennent ensuite sept cartes portant toutes un symbole zodiacal, qui constitue le détail, l'accessoire et non l'élément principal de la composition. Le signe est visible et reconnaissable, mais il n'est pas mis en évidence au premier plan. Ce sont :
La Force, où figure un Lion dont une jeune fille ferme la mâchoire.
Le Monde, représentant une Vierge nue qui court dans le cercle à quatre pôles de l'année (le signe de la Vierge marque le 6e mois ou le milieu de l'année).
La justice, portant au poing une Balance.
Le Feu du Ciel, qui correspondrait au Scorpion. Remarquons que le trait de foudre qui frappe la tour offre la forme du dard crochu qui termine et caractérise le signe du Scorpion. Remarquons aussi que le Scorpion, domicile de Mars nocturne, est un signe fatal qui signifie ruine et démolition. On peut même se demander si la carte ne déguiserait pas un jeu de mots, les Anciens appelant Scorpion certaines machines employées pour démolir les fortifications.
L'Amoureux, représentant Cupidon sous les traits d'un Sagittaire qui s'apprête à fixer d'une flèche le cœur de l'amoureux.
Le Diable, portant des cornes et orné de pieds de bouc qui représente exactement le Capricorne. Il tend deux chaînes, avec le concours de deux diablotins, pour marquer le Solstice d'hiver, comme les Tours de la Lune marquaient celui d'été.
L'Etoile, qui représente une déesse couronnée d'étoiles épanchant sur la terre fleurie le contenu de son urne. On reconnaît en elle l'allégorie classique du Verseau qui répand sur terre les fluides de la vie et ranime la nature endormie.
Trois cartes encore peuvent s'interpréter comme figurant des signes zodiacaux, mais l'analogie devient indirecte et vague.
La Tempérance offre une ressemblance certaine avec le signe des Poissons. Ce dernier est figuré sur les zodiaques par deux poissons rapprochés, dont un lien réunit les têtes. Le signe astrologique n'est que l'hiéroglyphe de ce dessin. Les deux vases semblables et allongés que réunit un jet de liquide, tels que le dessinateur du Tarot les a placés dans les mains de l'Ange de la Tempérance, reproduisent un schéma semblable à celui des Poissons zodiacaux.
La Roue de Fortune nous paraît désigner le Bélier, ou, mieux encore, l'équinoxe du printemps.
Une roue est en équilibre sous l'action de deux êtres fantastiques dont l'un monte tandis que l'autre descend, symboles de la vie qui apparaît et de la vie qui disparaît, de la force créatrice et de la force destructrice ; c'est le point d'équilibre entre l'été et l'hiver, le moment de l'égalité des jours et des nuits. La roue symbolise l'année ou l'écliptique : elle a six rayons divisés chacun en deux parties. Un animal couronné, sceptre en main, occupe au sommet de la roue le point équilibré. Il est difficile de dire quel est cet animal dont la figure est grossière. Etteila à voulu Y voir un singe et E. Lévi un sphinx. On pourrait aussi bien, si ce n'est mieux, y voir un Bélier.
Le Chariot serait le Taureau. Deux raisons militent en faveur de cette, interprétation. L'une est que des fleurs poussent sous le chariot du triomphateur, ce qui paraît indiquer qu'il s'agit d'un symbole du printemps (le Taureau correspond à Avril-Mai et est le domicile astrologique de Vénus).
L'autre est que le jeune triomphateur porte dans son équipement un détail insolite et caractéristique, à savoir un croissant de lune sur chaque épaule : or, en astrologie, le signe du Taureau est le lieu d'exaltation de la Lune. Nous ferons a propos des animaux qui traînent le char, la même remarque que pour le Bélier : ils sont naïvement dessinés et ressemblent au moins autant à des bovidés qu'à des chevaux ; rien ne s'oppose à ce que ce soient des taureaux. Sur le devant du char figure un écusson que la plupart des interprètes du Tarot remplacent par un linghuam. Si cette version est fondée, elle renforce notre interprétation, le linghuam signe d'amour et de fécondation, étant un symbole de la Vénus terrestre qui a son domicile dans le signe du Taureau.
Admettons pour un instant que les hypothèses que nous venons de formuler soient justes et que nous ayons retiré du Tarot douze cartes portant des symboles zodiacaux. Il nous reste dix cartes. Que peuvent-elles signifier ?
Ces dix cartes offrent certaines analogies qui permettent, de les grouper deux par deux, en cinq paires, savoir :
Le Pape et 1'Empereur. - La Papesse et l'Impératrice. Le Bateleur et le Fou. - L'Ermite et le Pendu. La Mort et la Résurrection.
Rappelons-nous que deux des sept planètes, les deux luminaires, le Soleil et la Lune, sont déjà figurées dans les douze cartes zodiacales. Rappelons-nous également qu'en Astrologie, chacune des cinq autres planètes a deux domiciles, le diurne et le nocturne, et que l'influence de la planète diurne n'a pas les mêmes qualités que celles de la planète nocturne.
L'idée se présente alors naturellement à l'esprit de chercher s'il existe un rapport entre les cinq planètes dans leurs dix domiciles et les dix cartes qui nous restent.
Le Bateleur est un symbole de Mercure diurne, dieu de l'habileté, de la ruse, du commerce, de l'éloquence et protecteur des charlatans.
Le Fou exprime l'influence mauvaise de Mercure nocturne qui fausse la raison et le cœur, qui fait les voleurs, les fous, les excentriques, les névrosés, etc.
La Papesse représente la Vénus diurne ou Vénus-Uranie, déesse de la Science, de la Sagesse, de l'Amour idéal.
L'Impératrice correspond à la Vénus nocturne ou Aphrodite, reine des hommes et des dieux par la puissance de l'Amour, créatrice des formes végétales et animales.
La Résurrection et la Mort sont les deux aspects de Mars diurne et nocturne, animateur et destructeur. Astrologiquement, Mars est un feu. Ce feu vital descend sur terre au printemps (Bélier) et réveille toute vie endormie, fait sortir les morts de leurs tombeaux. A l’automne (scorpion), le feu vital retourne au ciel en détruisant violemment les formes créées : c’est la mort de la nature. Remarquons que les mains et les têtes fauchées par la Mort sur la carte 13 du Tarot semblent pousser hors de terre, ce qui peut indiquer qu'il s'agit de productions végétales.
Le Pape et 1'Empereur, sont deux allégories de Jupiter diurne et de Jupiter nocturne, c'est-à-dire de la royauté spirituelle et de la royauté temporelle. La dernière ressemblance est si frappante que tous les interprètes du Tarot l'ont admise, de même que celle de Vénus-Uranie et celle de la Papesse.
L'Ermite exprime les qualités habituellement reconnues à l'influence de Saturne diurne : la sagesse, la prudence, la religiosité, l'isolement. Peut-être même faut-il voir dans le manteau et la lanterne du saint homme une allusion au fait que Saturne diurne correspond au Verseau, sort au mois de janvier, où il fait froid et où les jours sont courts.
Quant au Pendu, c'est une victime de Saturne nocturne, le grand maléfique qui menace les humains de catastrophes de mort, de supplices, de reversement des situations sociales. Mourir pendu est une fin saturnienne et mourir pendu la tête en bas est, si l’on peut dire, une fin deux fois saturnienne. Mais en outre du sens mythologique, l'allégorie du pendu a un sens astronomique fort précis. Qu’on veuille bien se rappeler que la maison nocturne de Saturne est le Capricorne qui correspond au solstice d'hiver, on saisira de suite que la principale victime de Saturne est le Soleil lui-même, arrivé sous son règne au point le plus bas de sa course, en quelque sorte renversé la tête en bas. Et on comprendra pourquoi le dessinateur du Tarot a donné au pendu la chevelure rayonnante de Phoebus et entouré son gibet de douze branches coupées. Depuis, la haute antiquité du Tarot est devenue en quelque sorte un dogme parmi les occultistes, alors cependant que l'archéologie a fait assez de progrès pour que toute illusion à cet égard soit désormais interdite aux investigateurs sérieux... En réalité, les Tarots du moyen âge, dont les originaux sont conservés à la Bibliothèque Nationale, représentent ce que nous possédons de plus ancien .
 

 

 

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documentation

Le 05/07/2016

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Théosophie

Le 04/07/2016

 
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Extrait d'un document mystique

Le 04/07/2016

 
Origine de la baguette divinatoire.

Son emploi dans l’antiquité, dans le moyen âge et dans les temps modernes.
Une baguette, une verge ou un bâton, ont représenté, dès les temps les plus anciens, le symbole extérieur de la puissance ou de quelque pouvoir surnaturel. Le sceptre des premiers rois n’était qu’un bâton garni de clous d’or ou d’argent. Lorsque Assuérus, roi des Perses et des Mèdes, donne son sceptre à baiser à la Juive Esther, c’est le signe d’une faveur ou d’une grâce telle qu’un souverain seul peut l’accorder.
Dans la Bible, Dieu lui-même nous est représenté avec cet attribut du bâton, qui symbolise sa toute-puissance ou sa miséricorde. Témoin ces paroles du psaume XXIII : Votre verge et votre bâton m’ont consolé. Dans le chapitre IV de l’Exode, l’Éternel dit à Moïse : Que tiens-tu à la main ? — Il répondit : Un bâton. Il dit : Jette-le à terre ; et il le jeta à terre et il devint serpent. Moise s’enfuit de devant lui.
L’Éternel dit à Moïse : Étends ta main et saisis sa queue ; il étendit la main et le saisit, et il redevint bâton à sa main.
On lit encore dans le même livre, au même chapitre, verset 17 : Quant à ce bâton, prends-le à la main ; c’est avec quoi tu feras des signes.
Que faut-il entendre par ces signes, si ce n’est ce que dit plus loin l’auteur sacré, lorsque, avec la verge de Dieu, Moïse et son frère aîné Aaron font des miracles en présence de Pharaon ? [1] Au reste, les devins d’Égypte avaient eux-mêmes des verges, par lesquelles ils faisaient aussi des miracles, de faux miracles, bien entendu.
De tous les miracles de Moïse, le plus célèbre, et celui qui en même temps a le plus de rapport avec notre sujet, c’est celui qu’il opère dans le désert, lorsque le peuple d’Israël, mourant de soif et demandant à grands cris de l’eau, il fait jaillir une fontaine en frappant de sa verge le rocher d’Horeb [2].
Enfin, on lit dans les Nombres, chapitre XVII, un passage où la baguette est l’oracle, et en quelque sorte le scrutin qui exprime la volonté de Dieu. Le peuple d’Israël étant distribué en douze tribus placées sous l’autorité de douze chefs, il s’agissait de savoir auquel de ces chefs Dieu destinait les fonctions de grand prêtre. On enferme dans le tabernacle douze baguettes, sur chacun desquelles un nom a été écrit. Le lendemain, l’une de ces baguettes a poussé des fleurs et des fruits : c’est celle qui porte le nom d’Aaron, de la tribu de Lévi, à qui ce miracle tint lieu d’ordination.
Dans ce dernier exemple, la baguette a cessé d’être un simple attribut ou un symbole d’autorité pour devenir un instrument de miracles. Elle n’est même plus entre les mains d’un personnage, car elle agit seule, par la vertu secrète qui lui a été communiquée. C’est là le signe que la superstition va bientôt en sortir, et qu’elle poussera plus vite que les fleurs et les fruits. Nous allons, en effet, voir la baguette employée, parmi ce même peuple d’Israël, comme moyen de divination, au grand scandale d’un prophète.
Mon peuple consulte du bois, pour qu’un bâton lui fasse connaître ce qui est ignoré ; car l’esprit de fornication le pousse si avant dans l’erreur que, s’éloignant de leur Dieu, ils se vautrent dans la débauche [3].
Ézéchiel n’est pas moins positif : Car le roi de Babel se lient sur le chemin de séparation, au commencement des deux chemins, pour se faire faire des sortilèges. Il secoue les flèches, interroge les téraphims [4], examine le foie [5].
Le jésuite Ménestrier, qui a recherché avec un soin curieux les origines de la baguette divinatoire, cite un autre passage de la Bible où l’on voit Jacob, gendre de Laban, appliquer une recette particulière pour se procurer des brebis bigarrées :
« 28. Et Laban dit à Jacob : Prescris-moi le salaire que tu exiges de moi, et je te le donnerai.
29. Et Jacob répondit : Tu sais comme je t’ai servi, et ce qu’est devenu ton bétail avec moi.
30. Car tu avais peu de chose avant que je vinsse ; mais ton bien s’est fort accru, et l’Éternel t’a béni aussitôt que j’ai mis le pied chez toi ; et maintenant, quand ferai-je aussi quelque chose pour ma maison ?
31. Et Laban lui dit : Que te donnerai-je ? Et Jacob répondit : Tu ne me donneras rien, mais si tu fais ceci, je paîtrai encore tes troupeaux, et je les garderai.
32. Je passerai aujourd’hui parmi les troupeaux, et je mettrai à part toutes les brebis picotées et tachetées, et tous les agneaux roux, et les chèvres tachetées et picotées entre les chèvres, et ce sera là mon salaire.
33. Et à l’avenir, ta justice me rendra témoignage, quand tu viendras reconnaître mon salaire. Tout ce qui ne sera point picoté ou tacheté entre les chèvres, et tout ce qui ne sera point roux entre les agneaux, sera tenu comme un larcin s’il s’est trouvé chez moi.
34. Alors Laban lui dit : Je le veux, je le souhaite ; que la chose soit comme tu l’as dit.
35. Et en ce jour-là, il sépara les boucs marquetés et tachetés, et toutes les chèvres picotées et tachetées, toutes celles où il y avait du blanc et tous les agneaux roux ; et il les mit entre les mains de ses fils.
36. Et il mit l’espace de trois journées de chemin entre lui, et Jacob paissait les troupeaux de Laban.
37. Mais Jacob prit des verges vertes de peuplier, de coudrier, de châtaignier, et il en ôta de place en place les écorces, en découvrant le blanc qui était aux verges.
38. Et il mit les verges qu’il avait jetées de place en place, au devant des troupeaux, dans les auges et les abreuvoirs où les brebis venaient boire ; et elles entraient en chaleur quand elles venaient boire.
39. Et les brebis donc entraient en chaleur à la vue des verges, et elles faisaient des brebis marquetées, picotées et tachetées.
41. Et il arrivait que toutes les fois que les brebis hâtives venaient en chaleur, Jacob mettait les verges dans les abreuvoirs devant les yeux du troupeau, afin qu’elles entrassent en chaleur en regardant les verges.
42. Mais quand les brebis étaient tardives, il ne les mettait point. Et les tardives appartenaient à Laban, mais les hâtives étaient pour Jacob. »
Comme il n’y a rien dans ce texte qui se rapporte à la baguette employée pour la divination, nous ne l’aurions pas cité, si nous n’avions considéré que la science divinatoire s’est approprié le nom de Jacob et de son bâton par une fausse interprétation des paroles de la Genèse.
Il existe, en effet, un traité fort connu des adeptes des sciences occultes, qui a pour titre La verge de Jacob, ou l’art de trouver des trésors. Mais on voit que le nom de Jacob était invoqué ici fort gratuitement.
Plusieurs peuples de l’antiquité, notamment les Scythes, les Perses et les Mèdes ont pratiqué la divination au moyen de la baguette. Hérodote dit que les Scythes en usaient pour reconnaître les parjures. On sait par Strabon, que les prêtres des Indiens la pratiquaient aussi. On a déjà vu que le roi de Babylone avait consulté des flèches et des baguettes ferrées pour savoir s’il devait porter ses armes contre Ammon ou contre Jérusalem.
Cet usage peut avoir été introduit chez les Babyloniens, et de là chez d’autres peuples de l’Orient, par l’Égyptien Bélus, s’il est vrai, comme quelques érudits le prétendent, que ce prince conduisit une colonie d’Égyptiens sur le bord de l’Euphrate, et qu’il y institua les prêtres qu’on appela Chaldéens. Les Juifs, amenés en captivité à Babylone, auraient donc pu apprendre en ce pays cette pratique, si les passages de la Bible cités plus haut n’établissaient pas suffisamment qu’ils la connaissaient déjà avant l’époque de leur captivité.
Philostrate dit que l’usage de deviner au moyen de la baguette était connu et pratiqué chez les peuples de Mytilène (Méthelin, île de Lesbos). Tout le monde connaît le rôle merveilleux que jouent, dans la mythologie grecque, les baguettes de Minerve, de Circé, de Médée, et le bâton ou caducée de Mercure. À la vérité, la baguette, entre les mains de ces divers personnages, est le symbole plutôt que l’agent de leur puissance ; mais un indice positif que la baguette servait à la divination chez les Grecs, c’est le terme de rabdomancie qui se trouve dans leur langue : un peuple ne crée pas un mot pour exprimer une chose dont ii n’a aucune idée. Enfin, à cet indice, on peut ajouter le témoignage de saint Chrysostome, qui, dans la Chaîne des Pères grecs, mentionne plusieurs sortes de divinations en usage chez ses compatriotes, et notamment celle qui se pratiquait avec des baguettes.
Chez les Romains, le bâton augurai appelé lituus, qui n’était, selon Macrobe et Aulu-Gelle, qu’une baguette recourbée dans l’endroit le plus fort, passait pour l’instrument le plus auguste de la divination. Les augures l’employaient dans les circonstances les plus solennelles. Romulus s’en était servi pour la description des régions célestes, ou pour l’orientation de sa ville naissante. C’est ce lituus qui, après le pillage et l’incendie de Rome par les barbares, fut retrouvé intact dans un temple, et devint, depuis ce moment, un objet sacré que ne devait toucher aucune main profane.
Le lituus intervint dans la consécration du successeur de Romulus :
« Numa-Pompilius, élu roi par les sénateurs et le peuple, voulut faire consulter les dieux, nous dit Tite Live, comme l’avait fait son prédécesseur. Il fit donc venir un augure qui le conduisit sur une montagne fort élevée. Là, cet augure, ayant à sa main droite le bâton recourbé, se plaça à gauche du prince, et s’y tint couvert, observa l’aspect de la ville et du champ, et ayant marqué l’orient et l’occident, il se tourna vers l’orient, pour avoir le midi à sa droite et le septentrion à sa gauche, sans se prescrire d’autres bornes que les endroits où la vue ne pouvait s’étendre. Cela fait, il prit le lituus à sa main gauche, sa droite sur la tête du prince désigné, et fit cette prière : Père Jupiter, si l’équité demande que Numa, dont je touche ]a tête, soit le roi des Romains, fais que nous en ayons des signes évidents dans la division que je viens de tracer. »
Quels devaient être et que furent ces signes demandés à Jupiter par l’augure sacré ? C’est ce que l’historien oublie de nous dire. Peut-être l’ignorait-il lui-même, les signes manifestés en ce moment solennel étant restés un secret entre le roi élu et le prêtre païen.
Mais les Romains avaient la connaissance d’une baguette divinatoire toute profane, et dont les propriétés étaient aussi merveilleuses qu’utiles. L’usage de cette baguette devait même être fort vulgaire à Rome, puisqu’il y avait donné lieu à un proverbe. On lit, en effet, dans le Ier livre des Offices de Cicéron le passage suivant :
« Si tout ce qui est nécessaire à notre nourriture et à notre entretien nous arrivait par la vertu de quelque baguette divine, comme on dit, chacun de nous, libre de tout soin et de toute affaire, pourrait s’adonner entièrement à l’étude de la science. »
À cette allusion près, Cicéron ne croyait ni à la baguette divinatoire, ni probablement à aucune sorte de divination. Personne n’ignore que Cicéron, ayant été augure lui-même, disait qu’il ne concevait pas que deux augures pussent se regarder sans rire. Il nous a laissé, il est vrai, un traité sur la divination ; mais à la fin du Ier livre de cet ouvrage, il cite les vers suivants d’Ennius, où le poète se moque des gens qui offrent d’enseigner, moyennant une drachme, l’art de découvrir des trésors :
« Je vous la donne de bon coeur, mais ce sera à prendre sur les trésors que vous nous aurez fait trouver. »
Suivant le catalogue que Vétranius Maurus nous a laissé des ouvrages de Varron, cet écrivain aurait composé une satire ayant pour titre : Virgula divina. Mais si Varron avait ajouté foi à la vertu de la baguette, il avait une belle occasion d’en parler dans un autre de ses écrits où il enseigne la manière de trouver les sources. Or il n’en parle nullement, non plus que Columelle, Pline, Vitruve, Pallade et plusieurs autres écrivains latins qui ont traité de la même matière.
Concluons de tout ce qui précède que, le lituus excepté, la baguette divinatoire n’a jamais été prise au sérieux chez les Romains.
Pour continuer ce précis rapide, nous suivrons la baguette chez des peuples plus modernes.
Gonzalès de Mendoza rapporte, dans son Histoire de la Chine, qu’il a observé avec soin les pratiques employées par les Chinois dans leurs divinations, et il nous apprend que la plupart d’entre eux se servaient pour cet objet de morceaux de bois disposés de différentes manières.
Si les Chinois n’ont pas reçu des Babyloniens cette pratique superstitieuse, tout porte du moins à croire qu’elle a passé des Babyloniens aux Turcs et aux Scythes, et de ceux-ci aux Illyriens, aux Allemands et à la plupart des nations du Nord.
Le Vénitien Marco Polo assure que la coutume de deviner avec des flèches régnait encore dans tout l’Orient, au moment où il exécuta de ce côté le fameux voyage dans lequel il fut sur le point de découvrir l’Amérique par la route de l’Asie.
Un autre voyageur d’une époque plus rapprochée de la nôtre, Thévenot, nous a laissé une très-curieuse relation où l’on trouve ce qui suit :
« Il y a parmi les Turcs plusieurs personnes qui se mêlent de deviner, et elles réussissent fort bien. On voit de ces gens-là en plusieurs coins des rues, assis à terre sur un petit tapis, avec une quantité de livres étalés à terre à l’entour d’eux. Or, ils devinent de trois façons : la première se fait ordinairement pour la guerre, quoiqu’elle se fasse aussi pour toute autre chose, comme pour savoir si un homme doit entreprendre un voyage, acheter telle marchandise ou autre chose semblable. Ils prennent quatre flèches qu’ils dressent en pointe, l’une contre l’autre, et les font tenir à deux personnes ; puis ils mettent sur un coussin une épée nue devant eux, et lisent un chapitre de l’Alcoran ; et alors ces flèches se battent pendant quelque temps, et enfin, les unes montent sur les autres. Si les victorieuses ont été nommées chrétiennes (car ils en appellent deux les turques, et donnent aux autres le nom de leur ennemi), c’est signe que les chrétiens vaincront ; si autrement, c’est signe du contraire. Ils ne vont jamais à la guerre qu’auparavant ils ne fassent cette expérience, ce qu’ils appellent faire le livre. »
N’est-ce pas là une reproduction exacte du procédé divinatoire du roi de Babylone, se tenant, avec ses flèches, à l’angle de deux chemins ? Ne semble-t-il pas aussi qu’il existe une certaine communauté d’origine entre ces pratiques et celles des anciens Germains, qui faisaient le livre, ainsi que le rapporte Tacite dans le passage suivant :
« Les anciens Germains croient aux auspices et à la divination plus que nation au monde. Pour la divination, leur méthode est simple. Ils coupent en plusieurs morceaux une baguette d’arbre fruitier, et après les avoir distingués par différentes marques, ils les jettent au hasard et pêle-mêle sur une étoffe blanche… et le prêtre prend trois fois chaque morceau, et selon les marques qui se présentent, il donne l’explication. »
D’après Ammien Marcellin, la divination se pratiquait chez les Alains au moyen d’une baguette d’osier. II est probable qu’ils avaient puisé cet usage dans la Scythie dont ils occupaient une contrée. Ils le communiquèrent sans doute aux Illyriens, leurs voisins, puisque, d’après le témoignage d’un auteur cité par le savant Drusius, les Illyriens devinaient l’avenir au moyen de quelques morceaux de bois. Enfin la même induction porte à penser que cette coutume passa des Illyriens aux Esclavons, qui vinrent s’établir dans une de leurs contrées, et de ceux-ci à différents peuples de la Germanie. On la rencontre chez les Frisons et chez les Moscovites, qui, en se convertissant au christianisme, ne firent guère d’abord qu’ajouter les cérémonies de leur religion nouvelle à leurs anciennes coutumes de divination.
« Le titre 14 de la loi des Frisons portait, dit le P. Lebrun, que, pour découvrir les homicides, l’épreuve des baguettes se ferait dans l’église, et que, auprès même de l’autel et des saintes reliques, on demanderait à Dieu un signe évident qui ferait discerner le vrai coupable d’avec ceux qu’on accuserait faussement. Cela s’appelait le sort des baguettes, ou d’un seul mot, tan, teen, la baguette, les baguettes. »
En résumé, si l’on met de côté l’allusion faite par Cicéron, dans un texte trop peu explicite, à la baguette divinatoire, il est certain que, dans toute l’antiquité, et même plusieurs siècles après l’époque que l’on désigne ainsi, on ne trouve aucun indice que les bâtons, flèches ou baguettes, aient été employés comme moyen de découvrir des objets matériels. On ne les voit servir que dans des cérémonies superstitieuses ou sacrées, comme un signe, un moyen de divination appliqué aux choses morales.
C’est au moyen âge, époque où les croyances au surnaturel occupaient l’universalité des esprits, que l’on vit apparaître l’idée de consacrer la baguette à la découverte d’objets matériels dérobés aux yeux. C’est aux alchimistes, particulièrement à la secte des alchimistes mystiques, que nous avons essayé de caractériser dans un précédent ouvrage [6], qu’appartient l’initiative de cette pensée, bien en harmonie avec leurs élucubrations habituelles.
Le premier écrivain qui parle de l’emploi de la baguette pour découvrir les métaux cachés au sein de la terre et certaines choses matérielles autres que les eaux, est, en effet, un écrivain hermétique ; c’est Basile Valentin. Le Novum Testamentum de Basile Valentin, moine bénédictin et alchimiste célèbre, qui florissait au quinzième siècle, est un témoignage certain que l’on avait alors connaissance de cette pratique superstitieuse, à moins qu’on ne veuille, avec un écrivain moderne, élever des doutes sur l’authenticité des écrits de cet auteur et même sur son existence propre [7].
Basile Valentin nous apprend, dans son Novum Testamentum, que, de son temps, la magique baguette portait sept noms différents, outre ceux qu’elle avait reçus de l’antiquité : Verge divine, Verge luisante, Verge saillante, Verge transcendante, Verge tremblante, Verge tombante, Verge supérieure. Sept chapitres du Novum Testamentum répondent à ces sept noms pompeux, qui sont destinés à indiquer, par eux-mêmes, tous les caractères ou les mouvements qu’on a donnés à la baguette divinatoire. Suivant Basile Valentin, les ouvriers mineurs portaient la baguette « à leurs ceintures ou à leur chapeau [8]. »
Après Basile Valentin, la baguette divinatoire tombe quelque temps dans l’oubli ; il faut aller jusqu’à la fin du quinzième siècle pour trouver un autre écrivain qui lui accorde quelque mention.
Basile Valentin était alchimiste. Parmi les auteurs qui, après lui, s’occupèrent de la baguette, on trouve un grand nombre de philosophes hermétiques ; tels sont Robert Fludd, Mayer, Paracelse et Agricola. Or, on ne peut s’empêcher de se poser, à ce propos, ce dilemme fort simple. Si tous ces chercheurs d’or avaient su faire un bon usage de la baguette divinatoire, il est évident qu’ils auraient pu se passer de travailler à l’accomplissement du grand oeuvre et de couver, pendant de si longues années, l’oeuf philosophique. Il n’est pas moins certain, d’un autre côté, que s’ils avaient réussi à composer la pierre philosophale, la baguette divinatoire leur était superflue pour découvrir des trésors et des métaux précieux. Il est donc bien étrange que la plupart d’entre eux, qui se vantent presque toujours de cumuler ces deux secrets, soient constamment demeurés en proie à la plus triste indigence.
C’est en vain que l’on chercherait dans les ouvrages des auteurs hermétiques qui ont écrit sur la baguette divinatoire, quelques notions précises sur les propriétés de cet instrument et sur l’art de s’en servir. Ils ne sont pas plus clairs sur ce sujet que sur les opérations d’alchimie qu’il prétendent décrire. Tout ce qu’a dit sur cette matière l’obscur Paracelse, est tellement inconsistant, que l’on serait fort embarrassé de savoir à quelle opinion il s’arrête. Tantôt il approuve, tantôt il proscrit cette pratique. On ne peut douter pourtant qu’il n’en admette l’efficacité. Le jésuite Kircher attribue même à Paracelse d’avoir indiqué de quel bois il fallait se servir pour découvrir les différents métaux au moyen de la baguette. Pour donner une idée complète des incertitudes et des variations de Paracelse sur ce point, nous devons ajouter qu’il se tenait quelquefois dans un prudent milieu entre le oui et le non. Dans son traité de la philosophie occulte, il prescrit de distinguer entre les trésors cachés par les humains et ceux qui sont amassés et gardés par des gnomes. Mais comment faire cette distinction ? c’est ce qu’il se garde bien de nous apprendre.
Tout ce que le jésuite Kircher assure avoir lu, de son temps, dans les écrits de Paracelse, ne se retrouve pas dans le volumineux recueil des oeuvres du médecin suisse, qui a été publié à Genève en 1658. Mais il n’en est pas moins établi, et c’est là ce qui nous intéresse, qu’à l’époque où vivait Paracelse, on croyait, avec lui, à la vertu de la baguette pour la découverte des métaux.
La coutume de chercher les métaux à l’aide de la baguette divinatoire, qui s’est montrée pour la première fois en Allemagne, au quinzième siècle, avec Basile Valentin, et, au commencement du siècle suivant, avec Paracelse, passe bientôt en Flandre, et, successivement, en Angleterre, en Suède, en France et dans les contrées les plus méridionales de l’Europe.
Dans son admirable Traité des métaux (De rebus metallicis), le sage et savant Agricola nous fait connaître les pratiques ordinaires des hommes à baguette. Mais il se prononce contre cet usage, qu’il regarde comme un souvenir des opérations des magiciens antiques. D’après lui, on ne voit que les petits ouvriers des mines, « gens sans religion, » employer la baguette pour chercher les métaux.
Un disciple de Paracelse, Goclénius, dont nous aurons à parler plus au long dans le volume suivant de cet ouvrage, à propos des antécédents historiques du magnétisme animal, a composé les traités de la vertu des plantes, et de l’onguent aux armes, dans lesquels il admet l’efficacité et approuve l’emploi de la baguette de coudrier pour découvrir les métaux.
L’opinion de ce Goclénius déplut au P. Roberti, jésuite flamand ; après l’avoir attaquée par le raisonnement, ensuite par l’injure, le P. Roberti passe du sévère au plaisant, et parodie, en guise d’épigramme contre son adversaire, deux vers des bucoliques de Virgile :
Goclen amat Corylos ; illas dum Goclen amabit,
Nec myrthus vincet corylos, nec laurea Phoebi.
Un autre paracelsiste, André Libavius, allègue les expériences qu’il a exécutées pour se déclarer partisan de la baguette divinatoire et trouver son usage fort licite. S’il ne s’agissait pas d’une question particulière et sans rapport avec un système quelconque de philosophie, il serait peut-être rationnel de juger de l’opinion définitive de Paracelse par celle de ses disciples.
Mais l’opinion d’Agricola, qui attribuait à des enchantements et à des paroles magiques les effets de la baguette, ne manquait pas d’adhérents. Tels étaient, par exemple, le jésuite Coesius, auteur d’une Minéralogie, le P. Forérus, autre jésuite, et surtout Kircher. Ce dernier, plus savant et bien meilleur physicien que son confrère, fonde son sentiment sur l’expérience. Il a tout à fait le droit de déclarer chimérique la prétendue sympathie entre une baguette et les métaux, puisqu’il a, comme il nous le dit : « expérimenté plusieurs fois que les baguettes du bois que l’on déclarait être sympathique avec certains métaux, étant placées sur des pivots, en équilibre, auprès de ces métaux, ne remuaient en aucune manière, » (De arte magnetica). Dans son autre ouvrage, Mundus subterraneus, le P. Kircher, revenant sur cette question, déclare que le mouvement de la baguette ne peut être qu’un effet surnaturel, si, toutefois, il n’est le résultat de l’adresse ou de la supercherie de celui qui la tient entre ses mains.
En 1659, le jésuite Gaspard Schott, contemporain et confrère de Kircher, dit que dans toutes les villes d’Allemagne où il a demeuré, l’emploi de la baguette était un moyen très-répandu, et qu’il a pu voir lui-même plusieurs personnes trouver, par ce moyen, l’or et l’argent cachés.
Gaspard Schott a eu le mérite d’entrevoir, dès son époque, la véritable cause des mouvements de la baguette, qu’il n’est pas très-éloigné d’attribuer à l’imagination de celui qui la fait mouvoir.
« J’ai cherché, dit-il, avec grand soin, si la baguette de coudrier a réellement une sympathie avec l’or et l’argent, et si elle est mise en mouvement par une force naturelle. De même j’ai cherché si un anneau de métal, qu’on tient suspendu par un fil au milieu d’un vase de verre, et qui marque l’heure par les battements, est mu par une force semblable. J’ai trouvé que ces effets ne pouvaient avoir lieu que par la tromperie de ceux qui tiennent la baguette ou le pendule, ou, peut-être, par une secrète impulsion diabolique, ou, peut-être encore, parce que l’imagination met la main en mouvement. »
Gaspard Peucer a publié, en 1584, un Traité des principaux genres de divinations, dans lequel il attribue l’efficacité de la baguette divinatoire à la sympathie entre le bois de coudrier et les métaux, fidèle en cela à la doctrine si fort en faveur au moyen âge, qui établissait des relations secrètes d’attraction et de sympathie mutuelles entre certaines choses matérielles, et même entre celles-ci et les choses du monde moral.
Philippe Mélanchthon, dont Peucer était gendre, professe la même opinion dans le discours qu’il a composé sur la sympathie.
Porta, dans sa Magie naturelle, la partage encore, et tel est aussi l’avis de Keckermann, qui invoque, à ce sujet, l’autorité de Mélanchthon.
Michel Mayer, philosophe alchimiste, auteur d’un ouvrage intitulé Verum inventum, hoc est munera Germaniæ, n’accorde qu’à la baguette de coudrier des propriétés précieuses qui tiennent, selon lui, à la sympathie de ce bois pour les métaux. II compare la baguette à une sage-femme aidant aux montagnes à accoucher des matières métalliques dont elles sont enceintes. Il attribue à l’Allemagne, ainsi que beaucoup d’autres inventions, la découverte des vertus de la baguette divinatoire.
Le témoignage de Mayer confirme donc l’opinion que nous avons émise plus haut, et qui considère l’Allemagne comme le pays où l’usage de la baguette a pris pour la première fois naissance en Occident. Les auteurs que nous avons cités, depuis le commencement du quinzième siècle jusqu’à la fin du seizième, sont allemands pour la plupart. Un usage, dont aucun antécédent ne se montre ailleurs, ne doit-il pas être considéré comme une invention propre aux peuples qui l’ont les premiers mis en pratique, et l’ont ensuite communiqué aux autres nations ? Notre opinion sur l’origine de l’usage de la baguette au moyen âge pourra donc sembler acceptable, et nous pourrons répéter avec Michel Mayer Munera Germaniæ !
Les noms des différents écrivains ou philosophes célèbres que nous avons cités dans les pages qui précèdent, montrent qu’aux quinzième et seizième siècles, la plupart des savants de cette période avaient adopté la croyance aux vertus de la baguette divinatoire. L’esprit de crédulité, l’amour du merveilleux, qui distinguent cette époque, ne pouvaient en effet manquer de s’emparer de ce nouvel et puissant aliment. Pendant que d’autres écrivains, plus ou moins illustres, tels que Robert Fludd, Rodolphe Glauber, Edo Neuhusius, Sylvester Rattray, Boyle, Mathias Villénius, etc., vont continuer, pendant le dix-septième siècle, à disserter sur l’usage de la baguette appliquée à la découverte des métaux précieux et des trésors cachés, cet instrument va tout à coup acquérir une propriété nouvelle, celle de révéler l’existence des mines. C’est encore par l’Allemagne que nous arrivera cette addition de vertu miraculeuse. Entrons dans l’exposé de cette troisième phase de l’histoire de la baguette, qui va nous fournir l’occasion d’arracher à l’oubli le nom d’une femme digne de figurer avec honneur dans nos fastes nationaux.