mapage
Michel notredame
Le 08/07/2016
http://cura.online.fr/index.html#
http://www.bibleetnombres.free.fr/pdf2/Michel_de_Nostredame_dit_Nostradamus_part3.pdf
http://cercle.nostra.online.fr/pdf/centurx.pdf
Commentaires textes : Écrire
Doctrine secrète
Le 07/07/2016
http://miroir.urobore.net/share/hpb/isis_devoilee.pdf
http://www.iza-voyance.com/telechargement_livre_voyance_esoterisme/
Blavatsky/La_cle_de_la_theosophie.pdf
http://miroir.urobore.net/index.php/pages/Bibliotheque
http://www.digitoworld.com/HIERARCHIE/MM/la-clef-de-la-theosophie-2
Commentaires textes : Écrire
Sur l'astrologie
Le 07/07/2016
Définition de l’astrologie:
c’est l’art de déterminer le caractère et de prévoir le destin des hommes par l’étudedes influences supposées des astres. Autrement dit, les astrologues affirment que la position des astres (en particulier le Soleil, la Lune et les planètes) dans le ciel au moment exact de la naissance d’un individureflète son caractère et permet de prévoir son destin.
Les astrologues ont mis au point des moyens pour étudier et expliquer l’astrologie. Pour résumer et simplifier, ils s’appuient sur les éléments suivants:- Utilisation de diagrammes appelés Horoscopes, qui indiquent la position des corps célestes à un moment donné. L’horoscope est composé d’un cercle appelé écliptique et qui représente, comme en astronomie, le plan selon lequel la Terre tourne autour du Soleil en une année. L’écliptique est divisée en 12 parties appelées signes du zodiaque, et qui représentent les constellations que le Soleil semble traverser en un an. Ces 12 signes ont pour nom : Bélier, Taureau, Gémeaux, Cancer, Lion, Vierge, Balance, Scorpion, Sagittaire, Capricorne, Verseau et Poissons. Chaque planète (y compris la Lune et le Soleil) est affectée à un signe particulier, en fonction de l’endroit où elle apparaît sur l’écliptique. Chaque signe a une signification, et est associé à certains éléments détaillés plus loin (eau-terre-feu-air).
L’horoscope est divisé en 12 « maisons», qui représentent le temps mis par la Terre pour effectuer une rotation sur son axe, c’est-à-dire 24 heures. Les maisons sont des sphères d’influence déterminées selon l’heure de la naissance d’un individu (comme les signes du zodiaque), et elles sont associées à certains domaines de la vie (par exemple l’amour, l’intelligence, le travail…)
L’astrologie fait la synthèse de ces facteurs (position des planètes, maisons, signes du zodiaque, et d’autres détaillés dans la suite), et tente de retrouver des faits passés et de prédire l’avenir.
L’astrologie est une pratique ancienne, abordée par différentes civilisations de façon indépendantes. Comment s’est-elle développée, et quelle place occupait-elle au travers des civilisations qui l’ont pratiquée.
Historique
L’astrologie naît dans la région de Sumer, environ 3 000 ans avant JC. Dans ces régions de basse latitude (Mésopotamie, Egypte), c’est sans doute le besoin de mesurer le temps et de comprendre les phénomènes célestes qui sont à l’origine de ce qui deviendra l’astrologie. La découverte des 5 «astres errants» passionnent les hommes qui, pour expliquer leurs mouvements les associent à des divinités. Les mouvements des planètes sont donc régies par Dieu, d’où le rôle très important de la religion dans l’astrologie. Les planètes portent le nom des dieux grecs, tout est affaire de symbolisme, et devient une prévision événementielle au travers de la volonté divine. Telle est la représentation pour les sumériens, puis les grecs qui ont apporté les bases et le mode de fonctionnement de l’astrologie dont le rôle va évoluer au fil du temps, et dans les populations où elle se développe.
Les babyloniens mettent au point des méthodes telles que les calendriers et les tablettes d’écriture où ils analysent les horoscopes. Naît ainsi l’astrologie individuelle, qui se matérialise, s’individualise et utilise des supports.
A travers les conquêtes d’Alexandre Le Grand et les civilisations qu’il a pénétré, l’astrologie prend un essor considérable et se propage à travers le monde antique. Les techniques sont plus nombreuses. On construit des astrolabes, on élabore des éphémérides, les mesures de la voûte céleste sont plus précises (Hipparque découvre la précession des équinoxes et établit un premier catalogue d’étoiles).
L’astrologie devient populaire, elle évolue en même temps que la science et la religion sur 2 plans : c’est à la fois une prévision des événements politiques (surtout les guerres, ou les prévisions des crues des grands fleuves) et une prévision pour les individus. Cette vision est soutenue par Ptolémée (environ 140 après JC) à travers son ouvrage « Tetrabiblos » qui devient la bible des astronomes de l’époque. Il fait la distinction entre astronomie et astrologie qui jusqu’à présent étaient liés.
Le rôle des planètes, leurs caractéristiques, l’importance de leur position au moment de la naissance. L’astrologie n’atteint pas la même que l’astronomie. Mais on peut « juger les humeurs et les tempéraments des hommes par le moyen de la qualité du ciel». Il existe une influence des astres sur les caractéristiques de l’individu.
A Rome (IIè siècle avant JC), avec la pénétration des civilisations orientales, l’astrologie joue un rôle essentiellement politique. Les astrologues sont présents à la cour et on les consulte pour la prévision des guerres. L’astrologie perd sa qualité déterministe des individus et est donc rejetée. Avec l’entrée du christianisme à Rome, l’astrologie est dissociée de la religion, les astrologues vont être pourchassés, et sont contraints de se réfugier en Perse où ils sont en contact avec d’autres peuples .
Ces derniers apportent leur contribution aux mathématiques, avec l’introduction des chiffres réalisent des calculs des dates des événements célestes à partir de la rotation dela Terre. Ils relient l’astrologie à l’astronomie et l’astrologie devient une divination populaire.
Le moyen âge (1200-1400), époque des croisades, voit la renaissance de l’astrologie et de l’alchimie. La pratique de ces matières « magiques» entraîne une « force sidérale» accrue (utilisation d’amulettes, de talismans). L’influence des astres sur le comportement est réaffirmé.
La renaissance est marquée par la redécouverte des textes de l’antiquité (notamment grecque), favorisée grâce à la diffusion d’horoscopes par l’imprimerie. L’astrologie est alors enseignée en même temps que la médecine (il est inconcevable qu’un médecin ne soit pas astrologue). Avec le retour aux sources, revient la séparation entre les prévisions des événements et le caractère des individus.
Cependant, vers la fin du XVe et le début du XVIe siècle, on assiste à un déclin de l’astrologie, dû à l’apparition de la théorie de l’héliocentrisme par Copernic, reprise par Galilée puis Kepler. Cette nouvelle vision du monde affecte l’astrologie qui n’est plus enseignée dans les universités, et perd tout crédit dans les milieux scientifiques. L’astrologie est alors condamnée par l’église et les découvertes scientifiques.
Le déclin de l’astrologie se poursuit au XVIIIe et XIXe siècle où la raison triomphe. Le siècle des lumières est marqué par le début des questions rationnelles sur le déterminisme physique de l’influence des astres sur le caractère . Ce déclin est également marqué par l’introduction de la « méthode scientifique» que l’astrologie n’applique pas, et lui fait défaut. Les éphémérides astrologiques sont supprimés en 1710, et les astrologues sont discrédités. On assiste alors à la création de « sociétés secrètes » qui recueillent les courants persécutés, et qui vont contribuer à la réintroduction de l’astrologie vers la fin du XIXe siècle. Le polytechnicien Paul Choisnard (1867-1930) va contribuer à redonner un second souffle à l’astrologie. Il va tenter, à travers sa formation, d’appliquer la démarche scientifique qui ne sera pas concluante, faute de données expérimentales et de statistiques. Néanmoins, l’astrologie a été réintroduite, et va prendre un formidable essor au XXe siècle.
On observe alors un véritable engouement pour l’astrologie après la première guerre mondiale, à travers la publication d’horoscopes qui établissent des prévisions pour les individus.
Face au monde industriel et à la société de consommation qui s’imposent, l’astrologie devient très populaire. En 1970, la célèbre astrologue Madame Soleil fait son apparition sur les radios, et ne cessera de divulguer ses prévisions devant la très forte demande et l’enthousiasme.
Les individus, désireux de connaître leur avenir, consultent les astrologues et leurs boules de cristal, marcs de café, cartes… qui prétendent prédire le destin des hommes et des femmes dans les domaines de la santé, du travail, de l’amour. Ces pratiques sont dénoncées par la science, mais exploitées par les médias.
Les charlatans tirent profit de cette demande de la population pour connaître l’avenir. En ce siècle de progrès scientifiques considérables, d’industrialisation, de modernisation, mais aussi de crises économiques et d’écarts sociaux, l’astrologie n’est elle pas un recours, un moyen d’échapper au « mal de l’âme» des partisans de l’astrologie qui défendent leur théorie?
L’astrologie a traversé les siècles, a connu des points culminants et des déclins. On peut déceler 6 courants astrologiques qui résument son évolution: spirituel, scientifique, pragmatique, réformé, symbolique, mondial.
De la prévision des événements à l’influence du caractère, voyons comment les astrologues pratiquent et
défendent l’astrologie.
L'astrologie s'adresse à un fonctionnement de l'esprit différent du rationalisme. L'objet initial de l'astrologie est de faire un parallèle entre ce qui se passe dans le ciel et les faits terrestres, par l'intermédiaire de symboles.
La « Fraternité des Rose-Croix», association internationale de Mystiques Chrétiens fondée en 1909 par Max Heindel, prétend qu‘«un ordre parfait règne sur l’Univers, tout a un e cause, et rien n’arrive au hasard» Les échanges entre les transformations du Ciel et celle de la Terre s'appellent des "effluves". L'homme est un cosmos en réduction (Microcosme). Il vit et vibre avec lui (macrocosme).
Ce sont ces considérations qui faisaient faire des réactions chimiques aux alchimistes seulement lorsque les astres étaient favorables, et qui voudraient nous faire planter nos radis à la Lune montante !
Les astrologues se basent sur les connaissances des anciens grecs. Il est évident aujourd'hui que l'aspect du ciel a changé depuis ces temps reculés, et que nos connaissances actuelles de l'univers sont très différentes de la pensée d'Aristote.
Les astrologues reconnaissent malgré tout l'existence d'Uranus, Neptune et pluton, découverts entre temps,et à qui ils attribuent certaines vertus.
thème natal ou astral (prévisions).
Les signes du zodiaque:
Le signe d'une personne (physique ou morale, ou d'une ville, d'un pays...) est déterminé par la position du Soleil au jour et à l'heure de la naissance de la personne, de la ville ou du pays.
L'écliptique (trajectoire du Soleil sur la voûte céleste) est divisé en 12 parties approximativement égales à un mois,
c'est à dire de 28, 29, 30 ou 31 jours. Le changement de signe s'effectue autour du 20 de chaque mois.
L'origine (le premier signe) est affectée au point vernal (équinoxe de printemps). Les signes sont les suivants,
dans leur ordre chronologique :
- Bélier 21/03/20/04 - Taureau 21/04/20/05 - Gémeaux 21/05/21/06 - Cancer 22/06/22/07
- Lion 23/07/22/08 - Vierge 23/08/22/09 - Balance 23/09/22/10 - Scorpion 23/10/21/11
- Sagittaire 22/11/20/12 - Capricorne 21/12/29/01 - Verseau 20/01/18/02
- Poisson 19/02/20/03
Chaque signe est divisé en trois "décans" d'une dizaine de jours chacun. Le caractère sera influencé par le décan.
Les "planètes"
Le terme "planète" a une signification particulière en astrologie. Leur position au moment de la naissance,mais aussi le signe dans lequel elles se trouvent, et les angles qu'elles forment entre elles sont pris en compte dans la détermination d'un caractère ou d'un destin. Sont des "planètes" au sens de l'astrologue :
Mercure/Vénus/Mars/Jupiter/Saturne
mais aussi :Le Soleil/La Lune/Uranus/Neptune/Pluton
Les "planètes" ont chacune un domaine privilégié où s’exercent leurs influence :
Mars gouverne le Bélier et le Scorpion/Vénus gouverne le Taureau/Mercure gouverne les Gémeaux et la Vierge/La Lune gouverne le Cancer/Le Soleil gouverne le Lion/Jupiter gouvernele Sagittaire et le Poisson/Saturne gouverne le Capricorne et le Verseau.
Les éléments:
A chaque groupe de signe, on associe généralement un tempérament dû à un des quatre éléments de
l'antiquité et des alchimistes : Signes Elément Tempérament Valeur
Bélier, Lion, sagittaire Feu Bilieux Chaud et sec
Taureau, Vierge, Capricorne Terre Nerveux Froid et sec
Gémeaux, Balance, Verseau Air Sanguin Chaud et humide
Cancer, Scorpion, Poisson Eau Lymphatique Froid et humide
Les valeurs attribuées à chaque élément sont associées aux mots clé suivants :
Chaud : Intensité, effervescence, vivacité
Froid : Réflexion, prudence, contrôle
Sec : Précision, intransigeance, tension
Humide : Aisance, bienveillance, souplesse d'adaptation, sens de l'harmonie
Les "planètes" ont également leurs éléments :Soleil et Mars Feu/Mercure et Saturne Terre
/Vénus et Jupiter Air/Lune Eau
A la découverte des planètes lointaines, on attribua les éléments suivants :
Uranus Feu avec un tempérament billieux-nerveux/Neptune Eau/Pluton Feu
Le cycle ternaire:
Le caractère est déterminé par la position du signe dans la saison, définissant le cycle ternaire suivant :Cycle & Signes:
Cardinal : début de saison Bélier, Cancer, Capricorne, Balance
Fixe : développement de saison Taureau, Lion, Scorpion, Verseau
Mutable : fin de saison Gémeaux, Vierge, Sagittaire, Poisson
Le cycle cardinal est associé à un désir de mouvement, de marche en avant. Le fixe à un désir de
réalisation, d'équilibre. Le mutable renvoie à un désir de mutation, de changement.
Le cycle binaire
Le masculin a un tempérament Air et Feu. Ce sont les signes Bélier, Gémeaux, Lion, Balance, Sagittaire,Verseau.
Le féminin a un tempérament Terre et Eau. Il s'agit des natifs du Taureau, Cancer, Vierge, Scorpion,Capricorne, Poisson.
Les termes symboliques masculin et féminin sont pris dans le sens taoïste chinois du Yin et du Yang...
Le Thème astral
Un thème astral ou natal est réalisé en interprétantune représentation graphique, au jour de la naissance
de l'entité à "étudier".
L'astrologue interprète avec la "grammaire de la tradition", éminemment symbolique. Pour lui, ce n'est pas un déterminisme auquel on n'échappe pas, mais c'est une donnée psychique avec laquelle il faut compter.
La représentation graphique fait intervenir le signe de naissance, les 4 angles du ciel, les 12 maisons, les "planètes" et les angles qu'elles forment entre elles.
Les 4 angles du ciel
La date et le lieu de la naissance interviennent dans l'établissement d'un thème astral. A partir de ce premier point de l'espace-temps, 4 autres points sont définis :
L'ascendantest le point de l'horizon où s'est levé le Soleil le jour de la naissance. La position de ce point dans le zodiaque détermine le signe de l'ascendant. Les étoiles ou planètes qui se lèveront à ce moment et à cet endroit influeront sur la destinée de la personne (être né sous une bonne étoile).
Le milieu du cielest le lieu où culminent les planètes. C'est le chemin vers lequel le sujet tend à aller.
Le descendantest le lieu où se couchent les planètes. Il symbolise la manière dont l'être se projette dans le monde.
Le Fond du cielest l'opposé du milieu du ciel. Il exprime les forces complémentaires dont l'être a besoin pour réaliser son destin. Le fond du ciel symbolise les racines les plus profondes de l'individu. Concrètement c'est la façon dont il perçoit sa famille ou sa patrie.
L'homme reçoit le monde par rapport à lui-même (ascendant), par rapport aux autres (descendant), par rapport à sa destinée (milieu du ciel), et par rapport à ses racines (fond du ciel).
Les 12 maisons du monde
Les 12 maisons sont fixes. Ce sont les 12 signes du zodiaque figés au lever du Soleil le jour de la naissance. 6 sont au dessus de l'horizon, 6 au dessous. Ce sont les 12 domaines de l'existence, en analogie avec les 12 signes du zodiaque.
Les maisons acquièrent de l'importance lorsqu'une "planète" s'y trouve.
Les "planètes"
Les données du chapitre "Caractérologie" s'appliquent ici. La présence d'une planète dans une certaine constellation est révélatrice de la destinée du sujet.
Les angles sont mesurés sur la représentation graphique et ont la signification suivante, à une erreur tolérée de 10º près :
Angle Valeur Signification-
Conjonction 0º Fusion des tendances énergétiques, concordance et renforcement-
Opposition 180º Tension et affrontement-
Trigone 120º Facilite les courants énergétiques-
Carré 90º Tension plus dynamique et tranchée-
Sextile 60º Demi-trigone : facilitation plus rapide et efficiente-
Egalement référence au demi-sextile, au demi-carré, au sesqui-carré et à la quinconce.
Conclusion-
Chacun vit son thème astral différemment, et chaque astrologue l'interprète à sa manière, ce qui laisse ouvertes toutes les possibilités d'affirmer: " ça marche ! ".La vision de l'astrologie est limitée au système solaire. L'astronomie s'étend infiniment plus loin dans l'espace et le temps.L'astrologie est basée sur des croyances et les religions .Les croyances sont a l'origine des phénomènes surnaturel.
limoges le 06/07/2016 bruno mafrica
Commentaires textes : Écrire
métagnomie
Le 05/07/2016
allan kardec
La clairvoyance ou « métagnomie »
On peut réunir sous la dénomination de clairvoyance un assez grand nombre de faits, appartenant probablement à des espèces différentes les unes des autres, mais tous extrêmement obscurs, pour ne pas dire incompréhensibles, d'apparence plus merveilleuse encore que ceux que nous venons d'étudier dans le chapitre précédent et avec lesquels ils ont une incontestable affinité au point qu'il est parfois très difficile de les distinguer les uns des autres.
Ces faits, depuis longtemps déjà signalés, surtout par les premiers adeptes du magnétisme animal, contestés ou expressément niés alors par les savants, trop souvent exploités ou simulés par des charlatans au dépens de la crédulité populaire, commencent à attirer l'attention de la science qui semble aujourd'hui porter vers eux ses regards avec un certain intérêt et sans le même parti pris de négation systématique.
Peut-être le nom de clairvoyance n'est-il pas très bien choisi pour s'appliquer avec une égale propriété à toutes les modalités du phénomène car le genre de connaissance ou de perception dont il s'agit ici n'est pas toujours assimilable à une vision (comme l'implique également le mot de double vue ou seconde vue employés parfois dans le même sens) il paraît plutôt, dans certains cas, analogue à une perception de l'ouï e (d'où le nom de clairaudience, employé pour désigner une de ses formes) ou du toucher. Il faudrait un terme qui signifiât d'une façon générale : « connaissance, obtenue par certains individus, dans certains états particuliers, qui ne semble pas pouvoir s'expliquer par l'exercice de nos sens et de nos facultés intellectuelles, tel qu'il se fait habituellement dans la vie normale. » Si je ne craignais d'encourir, encore une fois, le double reproche de barbarie et de pédantisme auquel s'expose tout inventeur de mots techniques tirés du grec, je proposerais, pour désigner ce phénomène de la façon la plus générale, le mot de métagnomie (de ίYôâ, qui veut dire au delà, et de âiβiç, qui veut dire connaissance), lequel, par conséquent, signifie à peu près « connaissance de choses situées au delà de celles que nous pouvons normalement connaître, connaissance supra-normale ».
La première question qui se pose à nous dans cette étude de la clairvoyance ou métagnomie est celle-ci : Existe-t-il une connaissance de ce genre ? C'est là une question de fait, à laquelle nous ne pourrons répondre qu'en énumérant des faits ; mais comme ces faits sont assez nombreux et, en apparence au moins, assez divers, assez différents les uns des autres, notre première question va se transformer en cette autre : Quelles sont les diverses formes de cette connaissance supra-normale, quelles sont les différentes modalités du phénomène métagnomique ? Nous pourrons ensuite essayer de déterminer les circonstances ou conditions, également nombreuses et diverses, dans lesquelles ce phénomène se produit, et nous nous demanderons après cela, et pour conclure, s'il est possible d'en donner une explication satisfaisante, en supposant que la réalité en soit démontrée.
Notre connaissance normale peut porter soit sur des faits ou objets actuellement existants (perception), soit sur des événements passés (mémoire), soit sur des événements futurs (prévision), soit enfin sur des rapports, sur des vérités générales, indépendantes du temps, telles que, par exemple, les lois scientifiques (généralisation, raisonnement, raison proprement dite).
Si nous appliquons ce cadre à la connaissance supra-normale, il semble bien que nous puissions, au moins provisoirement, faire abstraction de la dernière de ces catégories, soit parce que les faits qu'on pourrait y classer sont excessivement rares, soit surtout parce qu'il est très difficile de les distinguer des faits normaux du même genre. D'une part, on ne voit guère que les médiums, même les plus merveilleusement clairvoyants, aient révélé à l'humanité beaucoup de vérités scientifiques de quelque importance et, d'autre part, qui dira où commencent et où finissent le normal et le supra-normal dans les intuitions des hommes de génie ou même simplement dans les virtuosités des calculateurs prodiges ? Nous pouvons donc nous borner aux trois premières sortes de connaissance : perception, mémoire et prévision, pour en étudier les formes métagnomique.
En ce qui concerne la perception, il semble qu'un sens spécial, ce qu'on pourrait appeler un sixième sens, apparaisse ou se développe chez certains individus, dans certaines circonstances particulières, pour les mettre en rapport avec des radiations ou émanations des choses inaccessibles à nos sens ordinaires, et permettre à l'intelligence de ces sujets ou médiums d'avoir ainsi des informations sui generis dont l'origine nous échappe entièrement. N'y a-t-il pas déjà quelque chose d'analogue dans l'extraordinaire acuité du sens de l'odorat chez le chien, ou dans ce sens des localités et de l'orientation, dont nous sommes bien forcés de supposer l'existence chez un assez grand nombre d'animaux, sans parvenir à en comprendre la nature ?
Il est assez malaisé de classer les diverses espèces de la perception métagnomique, car les limites qui les séparent les unes des autres sont souvent presque insensibles, et nous ne nous dissimulons pas ce qu'il y a forcément d'arbitraire et d'artificiel dans les divisions que nous sommes obligés d'introduire au sein de faits en réalité indivisibles, afin d'en faciliter l'étude.
Tous les traités de psychologie distinguent la perception par la conscience, perception intérieure ou sens intime, ayant pour objet la vie psychologique du moi, et la perception par les sens, perception extérieure, ayant pour objet le monde des choses matérielles, la perception subjective et la perception objective. De même, quoiqu'avec une précision moins grande, nous pourrions distinguer deux variétés de perception clairvoyante ou métagnomique, la première s'exerçant surtout dans le monde intérieur de la conscience, la seconde s'adressant plutôt au monde extérieur des objets et des événements physiques.
Il faut sans doute rapporter à la première cette étrange faculté que possèdent certains sujets de percevoir l'état de leurs organes intérieurs avec une netteté suffisante pour pouvoir les décrire comme le ferait un observateur étranger, faculté affirmée par les anciens magnétiseurs au grand scandale des savants de ce temps-là, reconnue depuis et étudiée par le docteur Sollier sous le nom d'autoscopie. Tel est le cas de cette malade qui, ayant avalé une épingle deux mois auparavant, a pu, en état d'hypnose, la suivre dans toutes les péripéties de son voyage à travers l'intestin. Elle me dit « que l'eau (d'un lavement administré pour faciliter l'expulsion) arrive bien jusqu'à l'épingle et l'entraîne » et elle rend enfin cette épingle, qui était bien conforme à sa description, en disant : « Ça y est, elle est sortie ». L'épingle était dépolie par les liquides intestinaux. Je réveille la malade, je la lui montre. Elle n'hésite pas une seconde : « C'est bien celle-là , dit-elle ».
Le champ de vision de cette faculté n'est pas, d'ailleurs, nécessairement limité au seul organisme de celui qui la possède : elle peut s'exercer aussi sur un organisme étranger. Beaucoup de somnambules, selon les anciens magnétiseurs, perçoivent l'état des organes chez les personnes qu'on met en rapport avec elles et éprouvent par une sorte de sympathie inexplicable les mêmes sensations organiques internes. Il se fait là une sorte de compénétration de deux sensibilités et de deux consciences. Nous l'avons déjà étudiée dans le chapitre précédent sous le nom de diapsychie. A vrai dire, la diapsychie pourrait être considérée comme un cas particulier de la métagnomie, puisqu'elle est, elle aussi, selon la définition que nous avons donnée de cette dernière, « une connaissance obtenue par certains individus, dans certains états particuliers, qui ne peut s'expliquer par l'exercice de nos sens et de nos facultés intellectuelles, tel qu'il se fait habituellement dans la vie normale ».
C'est un fait du même genre qui doit vraisemblablement constituer ce qu'on a appelé le rapport magnétique. L'hypnotisé, insensible à l'égard de toute autre personne, a une sensibilité spéciale à l'égard de son hypnotiseur. Qu'une autre personne lui parle, il n'entend pas, il ne répond pas ; il entend, il répond, dès que l'hypnotiseur lui adresse la parole. Mais il entend et répond également à toute autre personne qui se met en rapport avec l'hypnotiseur par un contact. Il perçoit donc par un moyen qui nous échappe les contacts ressentis par l'hypnotiseur.
Ce ne sont pas seulement les sensations internes qui peuvent être ainsi perçues : ce sont encore des phénomènes d'une nature plus purement psychologique ou subjective, des idées, des opérations intellectuelles, des actes de volonté, mieux encore des penchants, des habitudes, des dispositions innées ou acquises du tempérament et du caractère. Le médium lit en quelque sorte dans la pensée, dans l'âme d'autrui comme il lirait en lui-même. Parfois, comme nous l'avons montré dans notre étude de la suggestion mentale, c'est avec la permission ou même sur l'ordre d'autrui que le livre intérieur s'ouvre ainsi devant ses regards ; mais parfois aussi c'est spontanément et à l'insu d'autrui que sa vue y plonge pour y découvrir des secrets cachés au plus profond de la conscience, et c'est alors une véritable divination de pensée. Les êtres capables d'une telle divination sont, aux yeux du docteur Osty, des êtres prodigieux dont « le cerveau est parvenu à un si haut degré de sensibilité qu'il est devenu le réactif capable de déceler ce que contiennent les cerveaux des autres hommes. Ce sont les truchements que la nature a créés entre notre esprit total et notre conscience, ce sont les miroirs devant lesquels notre pensée, qui s'ignorait, se voit et se connaît ! ».
La perception métagnomique de forme objective ou physique, dont les affinités avec la diapsychie sont moins visibles, présente, elle aussi, un assez grand nombre de variétés.
Mettons tout d'abord à part celle qui correspond aux phénomènes réunis par nous sous le nom d'hyloscopie et dont les plus connus sont les influences exercées par les sources, les courants d'eaux, les métaux, etc., sur la sensibilité spéciale des pendulisants et baguettisants.
Si nous considérons plutôt des perceptions relevant de la sensibilité générale, commune à l'espèce humaine tout entière, le premier fait à noter dans cet ordre d'idées est celui de l'extériorisation de la sensibilité découvert par le colonel de Rochas, mais dont l'interprétation est encore généralement contestée. Au lieu de percevoir à même la peau les attouchements, piqûres, pincements, etc., qu'on pratique en effet sur sa peau, le sujet les perçoit à des distances variables ou même dans des objets qui ont été plus ou moins longtemps en contact avec elle.
On peut rapprocher de ce fait celui de la vision ou de la lecture par le bout des doigts. Nous avons nous-même analysé minutieusement un exemple de ce dernier dans un des chapitres de notre Psychologie inconnue : «Un cas de transposition des sens ».La série des expériences qui s'y trouvent rapportées fut malheureusement interrompue par le départ du sujet, Ludovic S..., pour le nord de la France, où il séjourna de 1907 à 1914. C'est seulement en 1914 qu'il revint à Dijon, où la mobilisation l'appelait et où il resta d'ailleurs pendant un temps très court. Le 9 décembre 1914, introduit dans mon cabinet, vers 6 h. 3/4 du soir, il est endormi très rapidement par suggestion verbale. Je lui mets un bandeau sur les yeux et j'allume la lampe électrique du bureau voisin de mon cabinet (bureau de mon secrétaire). Je ferme la porte de cette pièce et je laisse entr'ouverte celle de mon cabinet donnant sur le couloir qui l'en sépare. Revenu auprès de S..., j'éteins l'électricité dans mon cabinet. Le seul éclairage qui me reste consiste donc dans la lueur qui vient, à travers la porte vitrée du bureau voisin, dans le mien. Le sujet, les yeux bandés, est assis dans l'angle le plus éloigné et le plus obscur du cabinet. Je mets entre ses mains un numéro plié du journal « l'Indépendant de l'Auxois et du Morvan », dont la première ligne de titre, l'Indépendant, est imprimée en très gros caractères. Il passe ses doigts sur le titre, mais il semble que sa sensibilité spéciale ait disparu ou se soit singulièrement émoussée pendant une aussi longue interruption de nos expériences, car il me déclare qu'il ne voit rien. Je lui donne alors un volume relié en maroquin rouge qui porte imprimé en relief sur la couverture, au centre, les armes du second empire et, autour, les mots « concours général des départements ». J'exhorte le sujet à persister, à avoir confiance en lui-même : je lui fais remarquer que cette fois les lettres présentent un relief sensible. Je l'entends qui murmure la syllabe « con » et s'arrête. Je l'encourage : C'est cela ! Il dit alors « conseil ». - Non, faites attention ! - « Conférence ». Je lui dis qu'il y a deux mots à la suite l'un de l'autre : il déchiffre le second « général », syllabe par syllabe. Puis, vient le tour de l'inscription du bas : « des départements ». Il revient à « concours » et le lit enfin, non sans hésitation et sans effort. Le titre du roman de Fromentin, « Dominique », est lu ensuite assez facilement. De lui‑même, le sujet reconnaît qu'il y a quelque chose au-dessus et lit « Eugène Fromentin ». De même il lit sur un autre volume : « L'hystérie et la neurasthénie chez le paysan ». Vient ensuite le tour de la « Sérothérapie antitétanique ». Pour ce dernier mot, il y a des hésitations après « antité » , le sujet dit à plusieurs reprises « antitéra », avant de lire correctement. Le journal est remis entre ses mains. Cette fois il lit sans difficulté : « l'Indépendant » mais il ne va pas plus loin et déclare qu'il n'y a pas autre chose. Je m'aperçois alors que, le journal étant plié, la seconde partie du titre « de l'Auxois et du Morvan » est sous le pli : mais quoiqu'imprimée en plus petits caractères, elle est lue comme le reste quand elle est mise sous ses doigts. Une première photographie, d'assez grand format, lui est donnée : il me demande s'il faut qu'il la voie : je lui dis que oui ; il me répond alors que c'est mon portrait et que j'y suis représenté de profil, ce qui est exact. Seconde photographie plus petite, forme médaillon. Il me demande encore s'il faut qu'il la voie. Sur ma réponse affirmative, il me dit : « C'est vous, mais avec une autre pose, à peu près de face et tourné de l'autre côté », ce qui est également exact.
En nous avançant toujours dans la même direction, nous trouvons le fait de la vision à travers les corps opaques, maintes fois décrit par les anciens magnétiseurs, notamment par W. Gregory dans ses Lettres sur le magnétisme animal, et que certains de nos contemporains croient expliquer en la rattachant aux rayons X. Du moins on a pu lire dans le numéro du 16 mars 1913 du journal Le Matin, une dépêche de New-York au Daily Chronicle ainsi conçue : « Une petite fille de dix ans, nommée Bealah Miller, possède, suivant l'expression d'un membre de l'Académie de médecine, le docteur John Quackenbo, qui l'examina longuement, une vision des rayons X. Elle voit à travers les corps opaques et n'eut aucune difficulté, au cours des expériences, à dire ce que les assistants, avaient dans leur poche, à lire une certaine page d'un livre fermé et à décrire des objets placés dans des caisses closes. »
Voici, d'autre part, quelques détails sur les faits rapportés par W. Gregory :
Il s'agit des expériences faites par le major Buckley avec des personnes mises par lui en état de clairvoyance et qui, dans cet état, pouvaient déchiffrer des devises enfermées dans des coques de noix. La statistique donnée à ce sujet est fort curieuse. Sur quatre-vingt-neuf personnes rendues clairvoyantes à l'état de veille, quarante-quatre ont été capables de lire ainsi ; en état de sommeil hypnotique, le nombre des liseurs s'est élevé à cent quarante-huit. Il a été lu des devises contenues dans quatre mille huit cent soixante coques de noix et comprenant environ trente-six mille mots. Dans un petit nombre de cas, les devises auraient pu être lues par lecture de pensée, les personnes qui les avaient mises dans les boîtes étant présentes mais dans la plupart des cas, les mots n'étaient connus d'aucun des assistants et, par suite, ils ont dû être lus par clairvoyance directe. Toutes précautions avaient été prises. Les noix, enfermant les devises, avaient été achetées chez quarante fournisseurs différents et avaient été scellées jusqu'au moment de la lecture.
Le cas suivant donnera une idée plus précise de ces expériences. Sir Wilshire avait emporté chez lui un « nid de boîtes » appartenant au major Buckley et il avait placé dans la boîte la plus intérieure un morceau de papier sur lequel il avait écrit un mot. Quelques jours plus tard, il rapporta les boites, scellées dans du papier, et demanda à l'une des clairvoyantes du major Buckley de lire le mot. Le major fit des passes sur les boîtes : quand elle dit qu'elle voyait le mot « concert », Sir Wilshire déclara qu'elle avait raison pour les premières et les dernières lettres, mais que le mot était différent. Elle persista, quand il lui dit que le mot était « correct ». Mais en ouvrant les boîtes, on trouva que le mot était « concert ». « Ce cas, dit Gregory, est très remarquable, car si la clairvoyante avait lu le mot par lecture de pensée, elle l'aurait lu conformément à la croyance de Sir Wilshire, qui, ou bien avait eu l'intention d'écrire « correct » ou, dans l'intervalle, avait oublié qu'il avait écrit « concert », mais qui certainement croyait que le premier était le véritable mot. »
Faisons encore un pas et nous nous trouvons en présence de la vision à grande distance, de ce qu'on appelle généralement la double vue ou lucidité, pour laquelle, semble-t-il, l'espace n'existe plus et qui perçoit en un instant ce qui se passe dans les lieux les plus éloignés, sorte de téléopsie naturelle bien qu'inexplicable, tout à fait comparable dans son genre à la télégraphie et à la téléphonie sans fil. Les livres des anciens magnétiseurs abondent en relations de faits de cette espèce.
Nous empruntons à la Revue philosophique de l'année 1889 (t.I, p. 205), le récit des observations du docteur Dufay, de Blois, sur une jeune servante qui présentait au plus haut degré le phénomène de la double vue.
Le docteur Dufay raconte que son ami, le docteur Girault, invité par une de ses parentes, Mme D..., à la rendre témoin des phénomènes de clairvoyance présentés par Marie, sa jeune servante, l'avait prié d'arranger lui-même le programme de la séance, en enveloppant, par exemple, divers objets, de manière à en dissimuler la nature et sans les lui faire connaître à lui-même. Ces petits paquets seraient présentés à la somnambule, qui devrait découvrir ce qu'ils contenaient. La chose fut convenue et le jour fixé. Nous laissons maintenant la parole au docteur Dufay :
« Je venais de mettre de côté quelques objets d'un usage peu ordinaire, afin que le hasard servît moins notre voyante, lorsque m'arriva d'Algérie une lettre d'un chef de bataillon d'infanterie que j'avais connu en garnison à Blois. Le commandant me racontait divers épisodes de sa vie au désert et me parlait surtout de sa santé, qui venait d'être très éprouvée. Il avait couché sous la tente pendant la saison des pluies, ce qui avait déterminé chez lui, comme chez la plupart de ses camarades, une dysenterie violente.
Je plaçai cette lettre dans une première enveloppe sans adresse ni timbre de poste, et en collai soigneusement les bords puis j'introduisis le tout dans une seconde enveloppe, de couleur foncée, et fermée comme la première.
Au jour dit, j'arrivai chez Mme D... un peu en retard. Déjà Marie était endormie ; elle ignora donc ma présence, sachant seulement que je devais venir. Les dix ou douze personnes réunies dans le salon de Mme D... étaient dans la stupéfaction de ce qu'elles venaient de voir, la somnambule ayant reconnu sans se tromper le contenu de plusieurs paquets préparés par elles-mêmes, comme je l'avais fait de mon côté ; mais je laissai les miens dans une poche, afin d'éviter la monotonie des expériences, me bornant à glisser ma lettre dans la main d'une des assistantes, en lui faisant signe de la faire passer jusqu'à M. Girault. Celui-ci la reçut sans savoir qu'elle venait de moi et la remit entre les mains de Marie.
Je n'ai pas noté si ses yeux étaient ouverts ou fermés, mais cela n'avait, on le conçoit, aucune importance en pareil cas.
- Qu'est-ce que vous avez dans la main ? demande le docteur Girault.
- Une lettre.
- A qui a-t-elle été adressée ?
- A M. Dufay.
- Par qui ?
- Par un monsieur militaire que je ne connais pas.
- De quoi parle-t-il dans sa lettre, ce monsieur militaire ?
- Il est malade, il parle de sa maladie.
- Est-ce une maladie que vous pourriez nommer ?
- Oh ! oui... très bien, c'est comme celle du vieux boissier de Mesland, qui n'est pas encore arrêtée..
- Très bien... très bien, je comprends... la dysenterie. Ecoutez, Marie, je crois que vous feriez grand plaisir à M. Dufay si vous alliez voir son ami l'officier, pour lui en rapporter des nouvelles certaines.
- Oh ! il est trop loin... Ce serait un long voyage.
- Eh bien ! partez sans perdre de temps. Nous vous attendrons.
(Après un long silence.) Je ne peux pas continuer ma route... Il y a de l'eau, beaucoup d'eau.
- Et vous ne voyez pas de pont ?
- Bien sûr qu'il n'y a pas de pont.
- Il y a peut-être un bateau pour traverser, comme entre Onzain et Chaumont. (Le pont de Chaumont sur la Loire n'était pas encore construit.)
- Des bateaux... oui, mais cette Loire-là me fait grand peur, une vraie inondation !
- Allons, allons, du courage et embarquez-vous. (Silence prolongé, agitation, pâleur du visage, quelques nausées). Etes-vous bientôt arrivée ?
- J'arrive, mais, j'ai été bien fatiguée, et je ne vois personne au bord de l'eau.
1. Débarquez et avancez, vous finirez par rencontrer quelqu'un.
2. Voilà, voilà. J'aperçois du monde... rien que des femmes en blanc. Ah ! mais non, au contraire, ils ont tous de la barbe.
3. Eh bien ! abordez-les et priez-les de vous indiquer où vous trouverez le monsieur militaire.
4. (Après un silence.) Ils ne parlent pas comme nous, il a fallu que j'attende qu'on appelle un petit garçon à culotte rouge, avec qui j'ai pu m'entendre. Il m'a conduite luimême, et pas vite, parce que nous marchions dans du sable.
5. Et le monsieur ?
6. Le voilà. Il a un pantalon rouge et une casquette d'officier. Mais qu'il a mauvaise mine et qu'il est maigre !
7. Vous dit-il ce qui a causé sa maladie ?
8. Oui ; il me montre son lit, trois planches sur des piquets, au-dessus d'un sable humide.
9. Allons, merci, conseillez-lui d'aller à l'hôpital où il sera mieux couché et revenez à Blois.
Je priai alors mon confrère d'ouvrir la lettre et d'en donner lecture. Ce n'est pas lui qui fut le moins satisfait de la société : le succès avait dépassé ses espérances. »
Le docteur Dufay devait avoir une nouvelle preuve de la clairvoyance de la jeune somnambule dans les circonstances que voici :
Marie, en état de somnambulisme naturel, avait rangé hors de leur place habituelle des bijoux de sa maîtresse, qui l'avait accusée de les lui avoir volés. Le docteur Dufay, appelé à la prison de Blois où elle était détenue, avait, en la plongeant dans le somnambulisme artificiel, réveillé ses souvenirs et fait reconnaître son innocence, mais par suite des formalités judiciaires, elle n'avait pas été remise immédiatement en liberté.
« Le lendemain, raconte le docteur Dufay, on était venu me chercher de grand matin à l'occasion d'un suicide qui venait d'avoir lieu. Un détenu, accusé d'assassinat, s'était étranglé avec sa cravate dont il avait attaché l'une des extrémités au pied de son lit fixé sur le sol. Couché à plat ventre sur la dalle du cachot, il avait eu le courage de se pousser en arrière avec les mains jusqu'à ce que le nœud coulant de la cravate eût produit la strangulation. Le corps était déjà froid lorsque j'arrivai en même temps que le procureur et le juge d'instruction.
Le procureur, à qui le juge d'instruction avait raconté la scène de somnambulisme de la veille, manifesta le désir de voir Marie et je lui proposai de profiter de ce qui venait d'arriver pour interroger cette fille sur le criminel qui s'était fait justice lui-même. Les magistrats acceptèrent avec empressement ma proposition. Je coupai un morceau de la cravate et l'enveloppai de plusieurs feuilles de papier que je ficelai fortement.
Arrivés au quartier des femmes qui venaient de descendre du dortoir, nous priâmes la sœur gardienne de mettre son cabinet à notre disposition.
Je fis signe à Marie de nous suivre, sans lui dire un seul mot, et je l'endormis par une simple application de la main sur le front. Je tirai alors de ma poche le paquet préparé et le lui mis entre les mains. Au même instant, la pauvre fille bondit sur sa chaise, et rejeta au loin avec horreur ce paquet, criant avec colère qu'elle ne voulait pas « toucher cela ». Or, on sait que, dans les prisons, les suicides sont tenus secrets le plus longtemps possible. Rien n'avait encore transpiré dans l'intérieur de l'établissement du drame qui venait de s'accomplir, la religieuse elle-même l'ignorait.
- Qu’est-ce que vous croyez donc que ce papier renferme ? demandai-je, quand le calme fut un peu revenu.
- C'est quelque chose qui a servi à tuer un homme.
- Un couteau peut-être ? ou un pistolet ?
- Non, non, une corde..., je vois..., je vois..., c'est une cravate... il s'est pendu... Mais faites donc asseoir le monsieur qui est derrière moi, car il tremble si fort que ses jambes ne peuvent plus le porter. (C'était l'un des deux magistrats qui était si ému de ce qu'il voyait qu'il tremblait, en effet, de tous ses membres).
- Pourriez-vous dire où cet événement s'est passé ?
- Ici même, vous le savez bien... C'est un prisonnier...
- Et pourquoi était-il en prison ?
- Pour avoir assassiné un homme qui lui avait demandé à monter dans sa charrette.
- Comment l'avait-il tué ?
- A coups de gouet.
On nomme ainsi dans le Loir-et-Cher une sorte de hachette à manche court, à lame large, et allongée, recourbée en bec de perroquet à son extrémité : c'est un instrument très employé à la campagne, surtout par les tonneliers et les bûcherons. Et c'était, en effet, un gouet que j'avais désigné dans mon rapport médico-légal comme étant probablement l'arme dont le meurtrier s'était servi.
Jusqu'ici les réponses de Marie ne nous avaient rien appris que nous ne sussions à l'avance. A ce moment le juge d'instruction me tira à l'écart et me souffla à l'oreille que le gouet n'avait pas été retrouvé.
- Et qu'a-t-il fait de son gouet ? demandai-je.
- Ce qu'il en a fait ?... attendez... il l'a jeté dans une mare...je le vois très bien au fond de l'eau.
Et elle indiqua assez exactement le lieu où se trouvait cette mare pour qu'on pût y faire des recherches le jour même, en présence d'un brigadier de gendarmerie et y découvrir l'instrument du crime. Nous n'avons connu ce résultat que dans la soirée, mais déjà le scepticisme des magistrats était fort ébranlé.
Pour satisfaire leur curiosité, je priai la sœur d'aller emprunter à quelques-unes des condamnées un petit objet leur, appartenant, comme une bague, une boucle d'oreille, etc., et d'en faire des petits paquets dissimulant bien la forme de l'objet. Marie nous fit le récit exact des faits qui avaient motivé la condamnation de chacune des détenues. »
La double vue est un fait si extraordinaire, qui heurte si violemment toutes les croyances reçues, qu'on nous excusera si nous en multiplions les exemples. En voici un que nous avons recueilli tout récemment de la bouche de celui qui l'a expérimenté et qui, sur notre demande, en a rédigé le récit, M. Jean B..., instituteur dans une des principales écoles de Perpignan. Nous reproduisons sa rédaction sans en rien changer, sauf pour les noms propres dont nous ne conservons que les initiales.
« Au mois d'août 1892, j'étais alors instituteur à Céret, un hypnotiseur de passage donna une séance d'hypnotisme dans un café de cette ville. Un jeune homme de 18 ans, Raymond S..., employé chez M. Antoine R..., coiffeur, de qui j'étais le client, fut pris comme sujet par l'expérimentateur.
Quelques jours après, étant allé me faire raser, la conversation roula sur les expériences auxquelles S..., s'était prêté. Il me proposa de l'endormir. Nous étions seuls ; son patron accomplissait en ce moment une période militaire de treize jours à Perpignan. Je me prêtai donc à son désir et j'eus la satisfaction de réussir, satisfaction d'autant plus vive que c'était la première fois que je me livrais à cet essai. Le jeune S... était d'ailleurs un sujet merveilleux, d'une sensibilité et d'une suggestibilité extrêmes. Je n'eus pas de peine à répéter avec lui toutes les expériences que j'avais vu faire à l'hypnotiseur de profession.
Je vins alors, très souvent, au salon de coiffure de M. R..., car je me passionnai pour ces expériences.
L'idée d'essayer la seconde vue, dont j'avais lu des relations qui m'avaient laissé fort sceptique, me vint un jour. C'était un jeudi, vers 5 heures du soir. M. R... n'avait pas encore terminé sa période de treize jours - il en était à sa première semaine et se trouvait donc encore à Perpignan. Je dis à S... ce que j'attendais de lui ; il s'y prêta aussitôt, curieux comme moi de connaître le résultat de ces expériences. Je l'endormis et lui ordonnai de chercher son patron. Il devait être alors 5 h. 1/4. Après quelques instants de silence, le sujet me dit : « Je le vois. »
- Où ? lui demandai-je. « Il est au café. »
- Lequel ? « Au café de la Mairie. »
- Que fait-il ? « Il prend l'absinthe. »
- Est-il tout seul ? « Non, il est avec deux autres camarades. »
- Les connaissez-vous ceux-là ? « Non, je ne les connais pas. » Puis, se ravisant : « Ah ! il y en a un que j'ai vu ici pour la Saint-Ferréol » (on désigne ainsi la fête patronale de Céret). Ne trouvant rien plus à demander concernant M. R.., je l'envoyai chez lui - il était du Soler - et il me dit voir sa mère vaquant aux soins du ménage, son frère assis dans la cuisine, etc., bref, des banalités ; aussi n'insistai-je pas, car je ne voyais pas le moyen d'en contrôler l'exactitude. Je le réveillai là-dessus et lui racontai tout ce qu'il m'avait dit. Il en était tout étonné, car il ne se souvenait de rien.
Quelques instants après je l'endormis de nouveau et l'envoyai encore à la recherche de son patron. A ma question : « Voyez-vous encore votre patron ? » Il me répondit : « Il n'est plus au café. »
- Où est-il donc ? « Il marche. »
- Est-il encore avec ses camarades ! « Il y en a un qui est parti. »
- Lequel ? « Celui qui était ici pour la Saint-Ferréol. »
- Puisqu'ils marchent, suivez-les ; où vont-ils ? « Je ne sais pas. »
- Eh bien, vous me le direz quand vous le saurez. Ici un silence d'une minute environ, puis, tout à coup : « Ils vont souper. »
- Comment le savez-vous ? « Ils entrent à la Boule d'Or »
Je n'insistai pas davantage et je réveillai mon sujet qui d'ailleurs paraissait fatigué.
Restait maintenant à contrôler l'exactitude des faits qu'il m'avait dévoilés.
Je savais que M. R... devait venir le samedi suivant en permission de vingt-quatre heures. Je me proposai d'aller l'attendre à la gare et de l'interroger aussi habilement que je le pourrais sur l'emploi de son temps, le jeudi soir entre 5 heures et 6 heures. C'est ce que je fis. En chemin, je lui dis : « Jeudi dernier, vers 5 h. 1/4, je vous ai vu à Perpignan. Vous étiez au café de la Mairie, vous preniez l'absinthe avec deux de vos camarades. » M. R..., me regardant, me dit simplement : « Pourquoi n'êtes-vous pas venu me dire bonjour ? Vous auriez fait comme nous. » - Je n'ai pas osé, craignant d'être indiscret, lui répondis-je ; d'ailleurs j'étais pressé, je n'en avais pas le temps. « Tant pis, vous m'auriez fait tout de même plaisir de me dire un mot. »
- A propos, lui demandai-je, quels étaient vos deux camarades ? L'un d'eux n'a-t-il pas été ici à Céret ? « Mes camarades s'appellent l'un F..., qui est d'ailleurs d'ici, mais qui n'y habite plus, et l'autre, Charles M..., pâtissier à Perpignan. »
- Lequel des deux était ici, pour la SaintFerréol ? « Eh bien, c'est mon ami Charles que j'avais invité pour la fête. »
- Alors c'est lui qui vous a quitté quand vous êtes allé souper avec F... à la Boule d'Or ?
A cette interrogation, M. R... me regarde stupéfait et s'écrie : « Comment le savez-vous ? Vous m'avez donc suivi ? Que me racontiez-vous donc tout à l'heure que vous étiez si pressé ! » Je ne pus m'empêcher de rire et fus obligé de lui dire comment j'avais obtenu ces renseignements.
M. R .. n'avait sans doute aucune idée des phénomènes hypnotiques, car il n'ajouta aucune créance à mon dire et il s'écria : « Vous êtes un farceur ! Vous vous gaussez de moi ! » Et j'eus beau essayer de le convaincre que je n'avais pas employé d'autres moyens pour connaître l'emploi de son temps, je ne pus y réussir.
Enfin, lui dis-je, l'essentiel pour moi c'est que vous reconnaissiez que tout ce que je vous ai dit est exact. Pour le reste, puisque vous êtes si incrédule, je vous le ferai voir un de ces jours. J'espère, alors, que vous serez convaincu. « Oh ! si je le vois, je le croirai. » Nous nous quittâmes sur ces mots.
Le samedi suivant, M. R... était rentré définitivement à Céret, sa période de treize jours terminée. Etant allé me faire servir ce jour-là, il me rappela lui-même ma promesse et nous nous donnâmes rendez-vous pour le lundi soir après 8 heures afin d'être tout à fait libres. Le lundi est, en effet, jour de repos pour les coiffeurs. Je n'eus garde de manquer au rendez-vous. A 8 heures, je me rendis au salon de coiffure où se trouvaient déjà, outre M. R... et son employé, la sueur de celui-ci, demoiselle d'une quarantaine d'années, un M. S.., ancien boucher et une autre personne que je ne connaissais pas. J'endormis S... et lui fis exécuter diverses suggestions, à l'étonnement des assistants qui n'en avaient jamais été témoins puis je le réveillai. Sur ces entrefaites, Mme R... paraît sur le seuil de la porte du salon de coiffure. (Ce salon qui est situé dans la rue Saint-Ferréol, laquelle est perpendiculaire au boulevard Saint-Roch et à trente pas de ce boulevard, n'a qu'une entrée donnant sur la rue ; Mme R... a son habitation dans l'intérieur de la ville.) Mme R... se montre donc sur le seuil, paraît un moment interdite et, s'adressant à son mari, sans finir d'entrer, lui dit : « Antoine, je vais où tu sais. » Et, sans d'autres mots ; elle s'en va.
Alors, une inspiration me vint. Je demandai à M. R... « Est-ce que votre employé sait où va votre femme et ce qu'elle va faire ? »
- « Cela non, il l'ignore totalement, car c'est une affaire entre ma femme et moi. »
- Eh bien, lui dis-je alors, si votre employé nous dit où va votre femme et ce qu'elle va faire, croirez-vous qu'il ait pu me dire ce que vous faisiez, vous, à Perpignan ? « Oh ! alors, je ne douterai plus. »
- Bien, nous allons voir.
J'endormis aussitôt le sujet et le fis asseoir dans un fauteuil :
- Suivez Mme R..., lui ordonnai-je ; la voyez-vous ? « je la vois, elle descend la rue Saint-Ferréol »
- Bon, suivez-là, vous me direz ce qu'elle fait. Au bout d'un instant de silence, il dit : « Elle est arrêtée. »
- Où cela ? « Au fond de la rue. »
- Que fait-elle ? « Elle parle. »
- Avec qui ? « Avec une femme. »
- La connaissez-vous cette femme ? « Non, je ne la connais pas. »
- Vous ne savez donc pas quelles sont ses occupations ? « Si, elle vend du vin. »
- Et où demeure-t-elle ? « A main gauche en descendant. » Alors l'idée me vint, puisqu'il voyait les deux femmes causer, de lui faire entendre ce qu'elles disaient.
- Eh bien, puisqu'elles causent, écoutez ce qu'elles disent et répétez-le moi. « Je n'entends pas », me répondit-il.
- Ecoutez, insistai-je, vous entendrez. Il me répéta, cette fois en élevant la voix et avec une certaine irritation : « Je n'entends pas. »
- Je veux que vous entendiez ordonnai-je.
Aussitôt, le visage du sujet changea d'expression ; on voyait qu'un violent effort crispait sa volonté, les veines de son front se gonflèrent, puis, tout à coup, tout son être tendu, d'une voix saccadée, étrange ; il proféra ces deux mots : « Argent... Espagne ! » et il se laissa aller dans le fauteuil comme épuisé. Je le réveillai aussitôt, un peu effrayé, et comme il demeurait comme prostré, je dus lui mouiller les tempes avec une serviette, ce à quoi je n'avais jamais eus recours encore.
Sur ces entrefaites ; Mme R... rentre dans le salon de coiffure. Je m'avance aussitôt vers elle, et, avant que personne lui adresse la parole, je lui dis : « Madame, est-ce vrai, que vous venez du fond de la rue Saint-Ferréol de trouver une marchande de vin avec laquelle vous avez causé, je ne sais à propos de quoi, d'argent..., d'Espagne... » Mme R... me regarde en riant et m'explique aussitôt : « Oui, je viens de chez la femme T... ; comme je sais que son mari doit aller en Espagne cette semaine, je viens de lui demander s'il pourra me prendre les sous espagnols (la monnaie de billon espagnole) que j'ai à la maison. » A ce moment-là, en effet, il y avait quelque temps que la circulation de la monnaie de billon espagnole avait été prohibée dans le département des Pyrénées-Orientales qui en était littéralement inondé. »
La télépathie, si amplement et si patiemment étudiée par la Société anglaise des recherches psychiques, a certainement des affinités avec tous les phénomènes qui précèdent et notamment avec le dernier dont elle diffère surtout par deux caractères principaux : en premier lieu, elle se produit toujours spontanément, tandis que la double vue est presque toujours provoquée par un expérimentateur ; en second lieu, elle met plutôt en relief l'action de l'objet perçu, tandis que la double vue nous ramène plutôt à considérer la connaissance manifestée par le sujet percevant. Il semble que dans la télépathie ce soit, pour ainsi dire, l'objet qui aille trouver le voyant, et que dans la double vue, ce soit an contraire le voyant qui aille trouver l'objet mais on se rend compte sans peine que, dans bien des cas, la nuance est assez difficile à saisir.
Telles sont, sauf erreur ou omission, les principales formes caractéristiques de la métagnomie perceptive.
La mémoire, ou du moins la connaissance du passé, peut, elle aussi, revêtir l'apparence supranormale. On a donné le nom, d'ailleurs tout à fait impropre, de psychométrie, à cette faculté que possèdent certains médiums de retracer des séries plus ou moins considérables d'événements passés étrangers à leur expérience personnelle, soit en présence d'individus que ces événements concernent d'une façon plus ou moins directe, soit au contact d'objets ayant joué dans ces événements un rôle quelconque. Une partie de ces effets semble, d'ailleurs, pouvoir se ramener à la divination de pensée, toutes les fois que le médium peut lire dans la mémoire des individus où le souvenir des événements qu'il retrace est conservé à l'état latent. Mais le cas parait tout différent et plutôt comparable à une sorte de double vue dans le temps ou de télépathie temporelle, lorsque le médium, sous la seule influence d'un objet ou du lieu où il se trouve, est comme transporté en esprit dans le passé et assiste immédiatement à des événements depuis longtemps écoulés, ainsi qu'il advint à ces deux dames anglaises qui, visitant Versailles en 1901, revirent le Petit Trianon tel qu'il était au temps de Marie-Antoinette.
L'avenir, qui nous paraît indéterminé, du moins dans la mesure où il dépend de notre volonté, peut-il être aussi l'objet d'une sorte de vision immédiate ? Peut-il devenir présent pour l'esprit d'un médium ? Question redoutable au point de vue philosophique et moral, puisque la question de notre libre arbitre et de notre responsabilité morale y est elle-même impliquée. Et cependant on trouve plus d'un exemple de prévisions et de prémonitions inexplicables par les facultés normales d'induction et vérifiées par l'événement. Il nous suffira de citer le cas du docteur Geley, d'Annecy, qui, étant en 1894 étudiant en médecine à Lyon, le 27 juin, à 9 heures du matin, pendant qu'il travaillait dans sa chambre avec un camarade, fut tout à coup distrait de son travail par cette pensée obsédante :
« M. Casimir-Perier est élu président de la République par 451 voix » et celui que le docteur Osty rapporte ainsi dans son livre Lucidité et intuition, d'après le récit même de la voyante (p. 283).
Il y a un an, je fis cette prédiction à un monsieur qui venait me consulter pour 1a première fois : « Je vous vois » sur le point de partir en voyage à travers les mers... en Amérique probablement ; je vous vois sur le paquebot, triste et isolé, mais vous ne partirez que plus tard, plusieurs bateaux quitteront auparavant pour la même destination le port où vous vous embarquerez ». Et ce monsieur m'objecta de suite : « Je vais, en effet, quitter la France et pour aller en Amérique : J'admire votre clairvoyance ; mais vous me dites deux choses parfaitement improbables, d'abord que je ne prendrai pas le premier paquebot, or, j'ai mon billet en poche et tout est prêt pour que je parte après-demain. Puis, que vous me voyez triste et isolé ; or, je partirai avec ma femme et si un motif quelconque la retenait en France, mon voyage serait nécessairement supprimé. » Hier ce monsieur est revenu et m'a dit : « Votre présage ne s'est que trop bien confirmé. Le lendemain du jour où je suis venu vous consulter, ma femme a été brusquement prise d'une pneumonie dont elle est morte quelques jours après. Puis désemparé, j'ai quitté la France et je fus bien, en effet, sur le bateau un passager triste et isolé. »
Il nous faut maintenant passer en revue les principales circonstances ou conditions dans lesquelles la clairvoyance ou métagnomie se manifeste sous l'une ou sous l'autre de ses différentes formes.
Bien qu'elle surgisse parfois - et d'une façon brusque et spontanée - dans l'état de veille, sans que l'équilibre habituel des facultés mentales et physiologiques de la personne paraisse le moins du monde altéré (surtout dans les cas de télépathie), elle semble bien avoir quelque liaison avec des états particuliers du système nerveux plus ou moins analogues au sommeil, hypnose, extase, transe, etc., ou même avec le sommeil proprement dit.
Les croyances populaires attribuent à certains rêves une signification prophétique, et l'on trouve en particulier dans Cicéron le récit du songe de cet Arcadien qui vit coup sur coup son ami d'abord menacé de mort, puis assassiné, et arriva à temps aux portes de la ville pour arrêter la charrette dans laquelle les meurtriers emportaient le cadavre caché sous un tas de fumier.
Mais c'est surtout dans le somnambulisme, naturel ou provoqué, que l'on observe le plus souvent des manifestations métagnomiques, à tel point que dans le langage courant, somnambule et voyant ou voyante sont à peu près synonymes. Très souvent la clairvoyance se révèle au cours d'un accès de somnambulisme naturel, et l'individu chez lequel cette faculté est ainsi apparue spontanément se trouve amené à la développer dans la suite au moyen des pratiques du somnambulisme artificiel.
Tel fut, croyons-nous, le cas du fameux somnambule Alexis qui eût mérité d'être étudié avec le plus grand soin, sans le fâcheux parti pris qu'ont les savants de considérer tous les phénomènes de ce genre comme indignes de leur attention.
Tel fut, plus récemment, le cas observé par le docteur Terrien et présenté par lui dans une communication faite à la Société de médecine de Nantes dans le courant de l'année 1914. Il s'agit d'une jeune fille de 14 ans qui, pendant qu'elle travaillait chez lui à la couture, s'endormit spontanément et se mit à raconter tout ce que faisait à ce moment le docteur, parti pour visiter un seul malade, et mis en retard par trois autres visites tout à fait inopinées. « Elle a donné, disait la personne témoin de cet accès de somnambulisme, les raisons du départ, les visites supplémentaires, les noms des malades, etc. Sans oublier ce dernier détail qu'un cultivateur, instruit du passage du docteur, l'attendait sur la route, guettant son retour. »
Souvent aussi c'est le magnétiseur ou hypnotiseur qui évoque en quelque sorte la faculté métagnomique en faisant au sujet endormi la suggestion impérative de voir telle personne ou tel objet ; mais pour avoir l'idée de faire une pareille suggestion, il faut évidemment savoir, où tout au moins croire, que la métagnomie est possible. C'est faute de cette science ou de cette croyance que les expérimentateurs imbus des doctrines de la science officielle passent à côté de ce phénomène sans le voir, alors qu'il existe bien souvent chez leurs sujets à l'état de possibilité latente, n'attendant que leur appel pour se montrer. Quoique partisans exclusifs de la suggestion, ils ignorent un de ses pouvoirs les plus remarquables, le pouvoir évocateur de la métagnomie, on même le nient comme inexplicable pour la science, oubliant que la science n'est pas davantage en état d'expliquer ce pouvoir curatif de la suggestion dont aucun d'eux ne doute un seul instant.
Remarquons d'ailleurs que l'action suggestive a presque toujours besoin d'être complétée par celle de certains objets, qui peut même parfois la suppléer. Pour diriger sa double vue sur une personne déterminée, le sujet doit être en rapport avec cette personne par un contact direct avec elle ou avec un objet qui lui ait appartenu, qui soit pour ainsi dire imprégné de sa personne, une touffe de ses cheveux, un de ses vêtements, une lettre écrite par elle, etc. Bien mieux, le sujet peut, sans l'aide d'aucune suggestion étrangère, se mettre lui-même en état de clairvoyance, soit en regardant fixement dans un cristal (c'est ce que les Anglais appellent cristal gazing) ou dans une simple carafe d'eau, comme celle dont se servait, dit-on, Cagliostro, ou dans un « miroir magique », soit par tout autre procédé de son choix. N'est-il pas naturel de supposer que la baguette et le pendule jouent à peu près le même rôle dans le développement de la métagnomie spéciale des sourciers ? Et, si les lignes de la main, les cartes, le marc de café, etc., ont réellement quelque vertu, ne consiste-t-elle pas surtout dans la propriété qu'ont ces objets de provoquer chez le médium la mise en train de sa double vue naturelle ?
Enfin l'apparition de la clairvoyance paraît liée, d'une façon encore assez mystérieuse, à certains ensembles de croyances et de pratiques qui déterminent sans doute chez leurs adeptes un état mental et nerveux particulier, évocateur des facultés métagnomiques. Ainsi, l'histoire des religions, surtout dans les périodes de genèse ou de crise religieuse, nous offre de nombreux exemples de la clairvoyance sous toutes ses formes, pénétration de pensée, double vue, télépathie, prophétie, etc. Pareillement, la métagnomie se produit très fréquemment au cours des séances spiritiques. Des faits inconnus du médium, parfois aussi des assistants, et relatifs tantôt à des objets et à des événements présents, tantôt au passé, tantôt même à l'avenir, sont révélés soit par l'intermédiaire de la table ou de la planchette, soit au moyen de l'écriture automatique, soit par la parole du médium intransé ; et ces révélations se donnent elles-mêmes comme provenant d'une personnalité distincte de toutes celles des participants de la séance, d'un esprit capable de percevoir dans des conditions absolument différentes de celles qu'impose aux êtres humains en cette vie l'organisation matérielle de leurs sens et de leur cerveau, par suite comme manifestant ce qu'on pourrait appeler une « métagnomie transcendante ».
En présence d'un amas de faits aussi extraordinaires, le premier mouvement de notre intelligence est de nier ou de douter ; et lorsqu'elle se voit forcée d'en reconnaître la réalité, du moins en ce qui concerne quelques-uns d'entre eux, elle ne peut s'empêcher d'en demander aussitôt l'explication. Comment de tels phénomènes sont-ils possibles ? Voilà la question qu'elle se pose avec insistance et elle s'étonne, elle s'impatiente de n'y pas recevoir de réponse, à moins qu'elle ne se satisfasse précipitamment de la première apparence de solution qui lui est offerte.
Or, comme nous l'avons dit ailleurs, le véritable esprit scientifique consiste à se désintéresser, au moins provisoirement, du besoin d'explication, et à se réduire volontairement à la seule recherche, lente, persévérante, obstinée, du déterminisme des phénomènes. Aux yeux du savant, la théorie la plus ingénieuse, la plus intrinsèquement cohérente, est par elle-même sans valeur et sans intérêt, elle constitue même pour la science un obstacle et un danger, si elle aide seulement l'esprit à se représenter les faits déjà connus d'une façon qui lui plaise et le dispense, en satisfaisant sa curiosité, de toute investigation ultérieure. La seule raison d'être, nous ne disons pas des théories ; mais des hypothèses dans toute étude expérimentale, c'est de rendre possible la découverte de faits encore inconnus en permettant d'instituer des séries d'expériences nouvelles ; et ces hypothèses doivent toujours conserver le caractère non d'explications, au sens précis de ce mot, mais de simples interprétations, toujours sujettes à révision et à contrôle.
En général, les explications ou interprétations qu'on a essayé de donner des phénomènes métagnomiques consistent à ramener toutes les formes de la clairvoyance à l'une d'entre elles (celle que l'auteur de l'explication ou interprétation a plus particulièrement, sinon exclusivement étudiée) et à considérer celle-ci, tantôt comme un fait premier, comme une loi incontestablement établie par l'expérience, tantôt comme une induction extrêmement probable, qui s'impose par son analogie avec d'autres lois acquises déjà à la science, tantôt enfin comme une déduction nécessaire d'une théorie dogmatiquement affirmée.
Ce dernier cas est celui d'un certain nombre de spirites qui, admettant l'existence des esprits et leur intervention dans les choses de ce monde comme une vérité certaine, attribuent, en effet, aux esprits non pas seulement les faits de « métagnomie transcendante ou spiritoïde », mais en général tous les faits de connaissance supra-normale, sous quelque forme, et en quelque circonstance qu'ils se produisent. La clairvoyance des sujets et des médiums leur viendrait toujours d'un foyer extérieur et supra-terrestre : ce serait toujours une révélation émanant de l'au-delà.
Plus en faveur auprès de la majorité des psychistes contemporains est l'explication qui ramène toutes les formes de la métagnomie au fait de la pénétration de pensée ou suggestion mentale. Ce fait paraît désormais suffisamment prouvé par l'observation et l'expérience, et on croit pouvoir l'ériger en loi, susceptible d'expliquer toute la diversité des cas particuliers. Il suffirait donc d'admettre qu'il existe une possibilité d'intercommunication des esprits qui aurait elle-même, sans doute, pour condition nécessaire une intercommunication des cerveaux ; et on rendrait compte ainsi non seulement de la psychométrie, mais encore de la télépathie et de la vision à distance. Exprimée en termes d'ordre physique, l'hypothèse revient à admettre que chaque cerveau humain émet des radiations spéciales corrélatives à ses pensées conscientes ou inconscientes, des rayons susceptibles d'être arrêtés au passage par un autre cerveau, et d'y reproduire les pensées du premier, susceptibles aussi peut-être d'impressionner des objets matériels et de s'y emmagasiner comme des vibrations sonores s'emmagasinent dans les disques d'un gramophone. Mais il n'y a pas dans cette hypothèse de vision métagnomique directe des objets matériels. « La lucidité, dit, le docteur Osty, n'est pas un phénomène monopsychique. Sa production nécessite le jeu harmonieux de deux cerveaux, l'un fournissant sa force psychique, et l'autre sa sensibilité exceptionnelle réagissant à l'excitation reçue et la reconstituant sous sa forme primitive de pensée. »
Les anciens magnétiseurs admettaient au contraire deux formes distinctes de la métagnomie : l’une subjective, la pénétration de pensée, l'autre objective, la vision à distance. Ce ne sont pas seulement les cerveaux humains qui émettent des radiations métagnomiques, ce sont tous les objets de la nature. Aux rayons C qui mettent les cerveaux en relation les uns avec les autres, il faut joindre les rayons O qui mettent les objets en relation avec les cerveaux ; ceux-ci et ceux-là étant les formes jumelles d'une même énergie, de nature encore inconnue, celle que Reichenbach nommait od ou odyle. Ainsi chaque cerveau humain serait comme un centre où arriveraient des rayons partis de tous les autres cerveaux et de tous les points de l'univers, et aurait la possibilité, grâce à cette intercommunication universelle, de percevoir ce qui se passe en tout esprit et en tout lieu. Faute de conditions nécessaires, cette possibilité reste habituellement latente ; que ces conditions se réalisent, la métagnomie apparaît. Ce mécanisme naturel n'est ni plus ni moins merveilleux que celui qui rend possibles la télégraphie et la téléphonie sans fil.
A quoi bon cependant se complaire et s'attarder dans ces vues grandioses, mais vagues et problématiques ? A tous ceux qui désirent hâter l'accession des études psychiques dans le domaine de la science, une tâche plus urgente s'impose : recueillir une telle masse de faits authentiques et concordants que le scepticisme le plus opiniâtre soit forcé de se rendre à l'évidence et en tirer par la classification, l'analyse et l'expérimentation, les éléments dont nos arrière-neveux composeront peut-être un jour l'explication définitive.
Commentaires textes : Écrire





